Le coup de force des mutins ivoiriens prend de plus en plus de l'ampleur

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Les éléments de la Garde présidentielle ont pris position devant les soldats mutins au centre de la capitale, Abidjan.
Les éléments de la Garde présidentielle ont pris position devant les soldats mutins au centre de la capitale, Abidjan. (Crédits : Reuters)
La confusion règne dans les villes ivoiriennes touchées par les mutineries déclenchées depuis vendredi dernier. Après quatre jours de tirs sporadiques, nourris par moment et par endroit, le gouvernement a annoncé l'aboutissement d'un accord avec les mutins. Ces derniers réclament le paiement du reliquat de leurs primes promises par le gouvernement au lendemain d'une autre mutinerie en janvier dernier. Ce mardi matin encore, les armes parlent. Les mutins ont-ils rejeté le nouvel accord? Vont-ils retourner dans les casernes. «La Tribune Afrique» vous tiendra au fait des derniers développement tout au long de la journée.

Abidjan, Bouaké, Daloa, Man, San Pedro, Korogho... Les habitants de ces villes ivoiriennes n'ont dormi que d'un œil. La nuit de lundi à mardi a sans doute été longue pour eux.  Ce lundi , c'est une aubade à coups de tirs nourris qui a rythmé la nuit de dimanche à lundi. Conséquence de la mutinerie enclenchée depuis vendredi dernier par les 8..500 soldats qui réclament le paiement de leur reliquat de primes, la mutinerie s'est poursuivie jusque dans la nuit de lundi.

Après un mutisme dans sa communication, le gouvernement a annoncé un accord avec les mutins à la télévision d'Etat. Pourtant, cette annonce n'a pas totalement calmé la situation. Voici les faits marquants de la situation sur place.

Le fil des événements (heure locale)

Mardi 16 mai à 11h-12h: les restrictions des ambassades levées, les écoles rouvrent demain

Signe d'un retour définitif au calme? Les ambassades ont levé les restrictions des déplacements pour leurs ressortissants tout en leur demandant de rester vigilants. De même la réouverture des écoles est annoncée pour ce mercredi aux heures de cours.

Mardi 16 mai 11h: accord top secret mais des fuites font état d"un versement de 5 millions

Même si aucun détail de l'accord n'a filtré et que les mutins parlent même d'"accord top secret", des informations indiquent que 5 millions de fcfa seront immédiatement versés aux mutins. Les 2 millions restants seront reversés au mois de juin prochain. En contrepartie, les mutins regagnent les casernes et rangent les armes. C'est peut-être ce qui explique le retour au calme observé dans les différentes villes du pays.

Mardi 16 mai 10h: banques progressivement ouvertes, écoles fermées

La situation semble retourner à la normale mais au compte-gouttes. Les banques restées fermées par précaution, ce lundi 15 mai, ont commencé à annoncer des réouvertures à partir de 10H. Sans donner les détails de ses agences, la Société Ivoirienne de Banques (SIB) a livré un communiqué indiquant une réouverture de ses succursales.

Mardi 16 mai 9h-10h: Retour progressif au calme

Le calme revient petit à petit  dans les villes touchées par les mutineries ces quatre derniers jours. Certains corridors notamment à Abidjan et Odienné ont été libérés des barrages filtrants des mutins. La circulation commence à reprendre peu à peu dans les villes que les forces de l'ordre recommencent à quadriller.

Mardi 16  mai à 8h: encore des tirs!

Alors que le ministre de la Défense a annoncé un accord avec les mutins, des Ivoiriens signalent encore des tirs à Bouaké mais aussi San Pedro. Par contre, un calme relatif règne à Abidjan et Daloa où la circulation semble avoir repris timidement.

Mardi 16 mai: les mutins vont-ils retourner dans les casernes avec l'annonce de l'accord?

C'est la grande interrogation du moment. Et la situation sur place ne semble pas aller dans le sens d'un retour dans les casernes. Peu après la déclaration d'Alain-Richard Donwahi, les coups de feu ont encore retenti dans la nuit. Difficile de savoir si ce sont des tirs de célébration, des échanges ou l'expression d'un mécontentement. Les mutins auraient même rejeté l'accord annoncé par le gouvernement et réclameraient le paiement de leur reliquat sans échéancier. "7 millions, cash!", c'est en résumé ce que réclament les mutins. La marge de manoeuvre du gouvernement semble réduite. La situation est à surveiller de très près!

Lundi 15 mai à 20h: le ministère de la Défense annonce un accord avec les mutins

Alors que la nuit tombait sur les ville ivoiriennes, la silhouette de Alain-Richard Donwahi apparaît à la RTI, la télévision publique pour annoncer l'aboutissement d'un accord entre le gouvernement et les mutins. Enfermé dans un mutisme inquiétant depuis ce dimanche 14 mai, cette annonce est la première réaction du gouvernement de toute la journée du lundi.

"A l'issue des échanges, un accord a été trouvé sur les modalités de sortie de crise. Par conséquent, nous appelons l'ensemble des soldats à libérer les corridors, à retourner dans les casernes et à veiller à la quiétude des populations", a déclaré le ministre de la Défense

17h 15: les écoles des missions étrangères restent fermées le 16 mai 2017

Les écoles des missions étrangères en Côte d'Ivoires ont annoncé qu'elles resteraient fermées ce mardi 16 mai 2017 face à l'incertitude que la situation ne se décante. Les écoles françaises, américaines et autres ne seront pas ouvertes.

La prudence est recommandée pour les sorties et il est recommandé de rester chez soi. Dans le même temps, les institutions internationales et ambassades étrangères ont maintenu l'alerte rouge pour les déplacements. Comme les entreprises, elles demandent à leurs employés de suivre la consigne énoncée depuis ce matin jusqu'à nouvel ordre tout en surveillant l'évolution de la situation via les médias.

16h-17h : les tirs s'intensifient, des mutins signalés à l'intérieur du quartier

Les tirs signalés ce matin, se sont intensifiés en fin de journée. Les témoins contactés nous signalent que les tirs n'ont pas encore cessés. Ils continuaient à se faire entendre à Abidjan, Bouaké, San Pedro, Man.... Certains internautes signalent que des mutins ont pénétré dans des quartiers d'Abidjan notamment à la Riviera où des tirs en l'air se font encore entendre.

Alors que la nuit s'apprête à tomber sur la Côte d'Ivoire, aucune réaction officielle face à ce mouvement d'humeur entamé vendredi dernier. La situation risque de s'empirer avec l'imposant convoi signalé en direction de Bouaké. Ce convoi est composé de Forces spéciales (unité d'élite), d'éléments de la Gendarmerie et de soldats de la Garde Républicaine. Vers un affrontement nocturne entre les mutins et les Forces régulières? Il serait trop tôt pour le dire. En tout cas, calfeutrés chez eux, les Ivoiriens se rappellent, dans la crainte, les violences de la rébellion des années 2000.

15h : la mutinerie a gagné San Pedro

La mutinerie a rapidement gagné San Pedro au sud-ouest du pays. Selon Cédric, un habitant joint sur place par La Tribune Afrique, des tirs se font entendre «toutes les heures» depuis ce matin à 11h. Selon des témoignages concordants, les mutins auraient racketté plusieurs habitants et dépossédé plusieurs autres de leurs véhicules avant de les utiliser pour parader dans la ville.

Les «tirs, de plus en plus rapprochés» sont signalés aux abords du port de la ville et à proximité de la gare routière, renseigne Cédric qui réside au quartier La Cité, proche du port. L'activité du port de San Pedro est forcément perturbée. Une employée du port nous a confié que les camions de marchandises attendus depuis ce matin n'ont pas pu accéder aux terminaux et ont dû rebrousser chemin.

«Je ne pense pas que les navires puissent faire de chargement aujourd'hui. Chacun essaie de trouver le moyen de rentrer chez lui avec les quelques rares taxis qui osent encore rouler dans les rues désertes», finit-elle par nous confier peu après son arrivée à son domicile.

14h : un mort devant l'Université de Cocody

Des informations faisant état d'un mort devant l'Université de Cocody nous sont parvenues en ce début d'après-midi. Contacté par La Tribune Afrique, Fulgence Assi, secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), a confirmé qu'un corps sans vie gît devant l'université. Selon ce responsable estudiantin, le décès est survenu à la suite d'une rixe entre un «groupe de badauds qui pourraient venir des quartiers mal famés d'Adjamé et d'Abobo» et un autre groupe d'étudiants. Vers 10h ce lundi, le groupe de badauds aurait profité de la confusion dans la ville pour s'attaquer au campus universitaire. Ce dernier est désormais déserté.

 13h : carte des foyers de tension

Ci-après les points chauds où des tirs ont été signalés ou entendus. (N'hésitez pas à nous signaler via Facebook ou Twitter, la situation dans votre localité ! ).

Carte des points chauds

12h : barrage du corridor nord à Yopougon levé.

Le barrage du corridor nord de Yopougon, quartier situé à Abidjan, a été levé. Il avait été placé par des hommes en civil qui se réclamaient des mutins. Le calme est plat, mais l'ambiance est délétère à Cocody et ses environs.

11h-12h : tirs sporadiques dans la capitale, les habitant se pressent dans les supermarchés

Des habitants d'Abidjan continuent de signaler la poursuite des tirs signalés ce matin dans les quartiers Plateau, à la Riviera, au Golf, à Adjamé et Abobo. Idem à Bouaké où un autre décès par «balle perdue» -non encore confirmé par les services de secours- a été signalé.

Les supermarchés sont pris d'assaut par les habitants qui font les provisions par précaution au cas où la situation empirerait. La psychose a quand même gagné certains habitants des zones les plus proches des tirs qui hésitent encore à rendre dans les rares boutiques restées ouvertes pour pouvoir faire les courses.

10h-11h : déploiement devant la présidence, mutisme des autorités

Un important dispositif militaire a été déployé devant la présidence et ses environs. Des tanks et des camions militaires ont établi le périmètre de sécurité autour de la résidence présidentielle. On ignore encore où se trouve le président Alassane Ouattara.

En tout cas, c'est le mutisme des autorités ivoiriennes qui inquiète. Depuis la communication du chef d'état-major général des armées (Cemga) appelant les mutins à déposer les armes et à retourner dans les casernes, aucune source officielle ne s'est encore prononcée sur les événements en cours.

La première réaction est une mise en garde de la Gendarmerie nationale ivoirienne qui appelle les citoyens à «ne sortir qu'en cas de nécessité», mais aussi de rester vigilants face à la situation.

9h-10h : prudence des ambassades et institutions internationales

La prudence est de mise chez les institutions internationales basées à Abidjan et chez les ambassades installées dans la capitale. La Banque africaine de développement (BAD) et plusieurs entreprises ont conseillé à leurs employés de rester chez eux. Dans le même temps, l'ambassade de France à Abidjan déconseille à ses ressortissants de se rendre à proximité des camps où les tirs ont été entendus.

6h-8h, lundi 15 mai : banques et écoles fermées

La situation reste pour le moment très confuse. Les écoles ont dû fermer leurs portes et renvoyer les écoliers à leur domicile. Dans le même temps, un communiqué de l'Association des professionnels des banques et établissements financiers de Côte d'Ivoire (Abepfci), paru dans la soirée a annoncé «la fermeture de toutes les banques par mesure de précaution». L'Abepfci recommande le retrait auprès des guichets automatiques pour parer l'incertitude qui règne.

Dimanche 14 mai : peu avant minuit, les tirs débutent et se poursuivent ce lundi matin

Les tirs ont débuté peu avant minuit dans la nuit du dimanche à lundi et se sont poursuivis jusqu'au petit matin vers 6 heures du matin. Ils sont signalés au Plateau (le quartier des affaires) et à proximité du camp d'Akouédo et du camp Gallieni. A environ 350 kilomètres de là, Bouaké, épicentre de la mutinerie de janvier dernier, a aussi enregistré des tirs nourris. C'est dans cet ancien fief de la rébellion des années 2000 que l'on signale le bilan -provisoire- d'un mort et d'une vingtaine de blessés par balle.

Ces tirs sont-ils une réponse à l'état-major ivoirien ? En tout cas, la concomitance des tirs avec le communiqué de l'état-major, dénonçant le mouvement sans «éthique» des mutins, est peut-être une «coïncidence» qui apporte un début d'explication.

Une cérémonie télévisée de réconciliation entre l'armée et le gouvernement ce vendredi 12 mai, des «excuses» publiques acceptées par Alassane Ouattara et même une «renonciation» à toutes «les revendications financières» des mutins. Pendant un moment, toute la Côte d'Ivoire a cru que la fièvre des mutineries qui avait secoué le pays ne serait plus qu'un lointain souvenir.

Mais c'était sans compter le quiproquo que l'annonce du délégué des mutins a déclenché. En réaction à la renonciation supposée, certains des 8 500 soldats ont fait parler leurs armes au lendemain de l'annonce «surprenante» de leur délégué. Ils ont alors bloqué la circulation dans le corridor sud d'Abidjan et monté des barrages à Bouaké. La fronde s'était même étendue aux sapeurs-pompiers militaires qui ont rompu toute activité à Abidjan, Bouaké, et Korogho.

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