Génocide rwandais : le mea culpa du pape au nom de l’Eglise

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C’est une première ! En 17 ans de pouvoir, c’est la première fois que le président rwandais rencontre officiellement le chef de l’Eglise catholique. Paul Kagamé ne s’est pas déplacé pour rien au Vatican où le pape François a présenté les excuses de l’Eglise pour son implication dans le génocide de 1994. Un nouveau chapitre des relations tumultueuses entre Kigali et Rome vient assurément de s’ouvrir.

L'audience n'aura duré que 20 minutes !  Mais elle aura été suffisante à l'Eglise catholique pour corriger ses « excuses inadéquates » présentées au mois de novembre pour le génocide rwandais de 1994. Plus de vingt ans après, le Vatican exorcise les démons d'un passif lourd avec Kigali. Ce mardi 20 mars, lors d'une audience avec Paul Kagamé et son épouse, le pape François a présenté les excuses au nom de l'Eglise pour son implication dans le génocide.

Pape François Paul Kagamé

Mea-culpa pontifical pour corriger les "excuses inadéquates"

Le souverain pontife a indiqué sa « profonde tristesse, et celle du Saint-Siège et de l'Eglise, pour le génocide perpétré contre les Tutsis [de même que] sa solidarité avec les victimes et ceux qui continuent à souffrir des conséquences de ces tragiques événements », selon un communiqué publié par le Vatican.

Le chef de l'Eglise catholique a ajouté qu'il a « imploré le pardon de Dieu pour les péchés et les manquements de l'Eglise et ses membres, dont des prêtres, et des hommes et des femmes religieuses qui ont succombé à la haine et à la violence, trahissant leur propre mission évangélique ».

Ce mea culpa pontifical vient corriger les excuses déjà présentées par en novembre 2016 par l'Eglise rwandaise au nom des chrétiens impliqués dans le génocide qui a décimé plus de 800.000 personnes -essentiellement des Tutsis- en trois mois. Des excuses incongrues jugées « inadéquates» par Kigali qui avait exigé « des excuses de la part du Vatican [qui] seraient amplement justifiées », au vu de « l'échelle à laquelle ces crimes ont été commis ».

Après les excuses, la normalisation des relations bilatérales

Entre avril et juillet 1994, plusieurs églises ont souvent servi de lieux de massacres de membres de la communauté Tutsi par des Hutus. Durant les massacres, certains prêtres de l'Eglise ont été pointés du doigt pour leur complicité avec les Hutus parfois même pour avoir rassemblé dans leurs églises des Tutsis avant de les livrer à leurs bourreaux. Des tribunaux rwandais, belges ou encore le Tribunal Pénal International pour le Rwanda ont condamnés certains religieux pour leur implication dans les massacres.

Pour regarder et surtout tourner lucidement cette page sombre de son histoire avec l'Eglise, Paul Kagamé (d'ethnie Tutsi) a évoqué lors de son audience avec le Pape François, les relations bilatérales entre Rome et Kigali. Ces relations devraient se renforcer avec ses excuses publiques de l'Eglise qui devraient contribuer à la catharsis nationale au Rwanda.

Passé le temps du repentir, c'est un signe de la nouvelle relance des relations bilatérales rwando-vaticanes avec les cadeaux échangés entre les deux chefs d'Etat. Paul Kagamé a offert au pape François, un spectre traditionnel rwandais. Le souverain pontife lui a donné en retour, une médaille portant l'allégorie d'un « désert devenu jardin ». Tout un symbole pour un Rwanda qui se reconstruit toujours plus de deux décennies après ses terribles blessures !

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