Mauritanie : la réforme constitutionnelle retoquée par le Sénat

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(Crédits : Flickr)
C’était en quelque sorte demander aux sénateurs de donner le bâton pour se faire battre. Jusqu’aux heures précédant le vote, le président mauritanien aura manœuvré pour que les sénateurs valident la réforme constitutionnelle qui prévoyait entre autres, la suppression… du Sénat ! « Niet !», a répondu la Chambre haute. Un revers pour le président, une victoire de l’opposition.

A Nouakchott, c'est la surprise et la consternation. Trente-trois des 56 sénateurs mauritaniens ont rejeté le projet de réforme constitutionnelle passée, une semaine plus tôt, comme lettre à la poste chez les députés de l'Assemblée nationale.

Les sénateurs ont refusé de "signer leur arrêt de mort"

« C'est une surprise pour le peuple mauritanien dans sa globalité parce qu'il n'est pas habitué malheureusement à ce que des chambres comme le Sénat refusent des projets de lois proposés par le gouvernement. On espère que c'est une ère nouvelle, désormais, dans laquelle nos élus peuvent s'exprimer librement et non pas sous la contrainte du pouvoir », a commenté sur RFI, l'ancien Premier ministre, Yahya ould Ahmed el Waqf, passé dans les rangs de l'opposition.

Finalement, c'est l'appel du FNDU qui a été entendu. Après la validation de la réforme par des députés acquis au président, le forum national pour l'unité et la démocratie (FNDU), l'opposition radicale, s'était rabattu sur les sénateurs pour leur demander de ne pas « signer leur arrêt de mort ». La métaphore argumentaire n'était pas que subliminale.

La révision constitutionnelle prévoyait la suppression de plusieurs institutions notamment le Sénat qui serait alors remplacé par des conseils régionaux. La Haute Cour de Justice, le médiateur de la République et le Haut Conseil islamique étaient aussi concernés par le nettoyage constitutionnel porté à bout de bras par l'Union pour la République (UPR, parti au pouvoir).

Un référendum pour trancher ?

Il semble que les sénateurs aient décidé de jouer leur survie plutôt que de succomber aux sérénades présidentielles. A quelques jours du vote crucial à la Chambre haute, le président mauritanien aura manœuvré pour s'assurer le soutien de sénateurs hostiles au projet. Le Palais a reçu presqu'en catimini plusieurs membres de la deuxième chambre. Leur a-t-il promis des parcelles de terrains constructibles comme cela semblait avoir été le cas pour certains députés ?

En tout cas, en dépit des manigances du pouvoir, le projet de changer le drapeau en même que de refondre l'architecture institutionnelle mauritanien, vient de se heurter au refus sénatorial. « Il reste au président de la république la voie du référendum populaire pour faire approuver le texte », planche le constitutionnaliste Vadhily Ould Rayess.

Cette dernière voie est risquée pour le président mauritanien qui avait trouvé tous les prétextes y compris la violation de l'accord obtenu lors du dialogue « inclusif » avec l'opposition dite « modérée » pour faire passer le texte par la voie parlementaire. Pour l'heure, cet épisode reste un revers cinglant de Mohamed Ould Abdelaziz et une victoire de l'opposition. L'un sourit , l'autre fait la grimace.

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