Législatives en Gambie : Adama Barrow face au verdict des billes qui l'ont porté au pouvoir

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(Crédits : DR)
Après l’épisode du feuilleton de la crise post- électorale de la présidentielle hitchcockienne, les billes de la démocratie se rappellent aux 1,8 million de Gambiens. Sur le site de la Commission électorale indépendante (IEC), le compte-à-rebours laisse encore quelques dizaines de jours de campagne avant que les électeurs ne glissent leur bille dans les bidons pour choisir leurs députés. Un test de légitimité pour Adama Barrow qui souhaite s’assurer une majorité confortable pour gouverner. Pourra-t-il compter sur ses alliés lors de la coalition présidentielle qui vont au scrutin en rangs dispersés ?

L'avenir de la nouvelle Gambie à nouveau suspendu au verdict des billes. Au terme de la campagne électorale lancée ce mercredi 15 mars et qui s'étalera sur 20 jours, les 886.578 électeurs gambiens vont à nouveau glisser leur bille dans l'un des bidons des 1.422 bureaux de vote pour les législatives fixées au 6 avril prochain.

Ex-opposition VS neo-opposition, la revanche des urnes

Un scrutin qui devrait permettre de choisir 48 des 53 députés qui occuperont pour un mandat de cinq ans, les sièges du Reverend Pye Lane Building, siège du parlement monocaméral de la Gambie situé à Banjul. En lice pour le scrutin, pas moins de 239 candidats issus de 9 partis politiques.

Avec une quarantaine de candidats présentés, le Parti démocratique unifié (UDP), parti d'affiliation d'Adama Barrow et membre de la coalition présidentielle, veut montrer que c'est une force politique qui gagne du terrain sur l'échiquier politique gambien. En embuscade, l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), le parti fondé par Yahya Jammeh, aujourd'hui dans une posture d'opposition, compte lui rafler quelques billes.

L'APRC met en lice 30 candidats et veut s'appuyer sur sa toile tissée sous l'ère Jammeh pour réussir son dessein. Un duel au sommet entre ceux qui arpentent les allées du pouvoir et ceux qui sont tombés dans les escaliers. Mais, le véritable enjeu de ces premières législatives de l'ère post-Jammeh est ailleurs.

Quatre mois après la surprenante présidentielle de décembre suivie d'une crise post-électorale à rebondissements qui s'est soldée par l'exil de Jammeh après 22 ans de règne, le scrutin législatif est le premier test de légitimité populaire d'Adama Barrow. Le « tombeur de Jammeh » doit s'assurer une majorité confortable pour pouvoir gouverner le pays.

Un test de légitimité pour Adama Barrow face à une coalition dispersée

Mais le troisième président de la Gambie fait face aux premières fissures au sein de la coalition présidentielle de 7 partis d'opposition qui l'a porté au pouvoir. Habitué au boycott sous Jammeh, ce qui assurait à l'ex-homme fort de Kanilaï une majorité soviétique, le groupe des sept partis va partir aux législatives en rangs dispersés.

L'union sacrée de la désormais ex-opposition lors de la présidentielle de décembre 2016 n'était donc qu'une unité de façade. Des divergences apparues lors de la constitution des listes ont cassé la dynamique du bloc autour d'Adama Barrow. Sans doute, chacun de ces 7 partis souhaite mesurer son poids politique dans ces législatives qui vont rebattre les cartes des couleurs politiques de l'Assemblée nationale gambienne.

Avec la perspective de voir Adama Barrow concrétiser sa promesse électorale de démissionner pendant sa troisième année de mandat, chacune de ces formations politiques veut croire en sa bonne étoile d'être portée un jour à la tête du State House, le palais présidentiel gambien. Du fauteuil de sa résidence Taf Brufut, son palais présidentiel de substitution, Adama Barrow rit jaune de l'appétence de ses alliés de circonstance. Le nouveau président gambien dispose de la carte du "privilège présidentiel", celle de nommer 5 des 53 députés.

Pourtant, au contact empirique avec le pouvoir, Adama Barrow découvre aussi qu'il marche sur des œufs avec ces formations fraîchement sorties de l'opposition qui nourrissent des ambitions présidentielles. Il devra souffler dans la trompe de la mobilisation pour remporter cette première bataille électorale destinée à confirmer sa légitimité conférée par les électeurs lors de la présidentielle. A défaut, l'espoir suscité par le rêve de démocratie avec l'arrivée au pouvoir d'Adama Barrow pourrait s'effondrer. Derrière Adama Barrow, l'ombre menaçante de Yahya Jammeh...

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