Bénin : Talon veut graver le mandat unique dans le marbre constitutionnel

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(Crédits : Reuters)
Un mandat unique pour le président de la République ! L’idée est séduisante dans un continent où l’Angolais José Edouardo Dos Santos et le Camerounais Paul Biya ont placé la barre du record de longévité au pouvoir à trente-sept ans après le décès d’Omar Bongo après 41 ans de règne. Le Bénin pourrait franchir le pas et tenter l’expérience avec le lancement des débats sur la révision constitutionnelle. Ce sera une première en Afrique et même dans le monde !

Un boulevard pour la concrétisation d'une promesse électorale de Patrice Talon : un mandat, un seul pour le président de la République béninoise ! Au milieu des  records de longévité au pouvoir de certains présidents africains qui frôlent les 40 ans, souvent au gré de tripatouillages constitutionnels ou d'élections dénoncées comme « frauduleuses », le Bénin veut se poser en exception en limitant le mandat présidentiel à un seul quinquennat.

Une mesure pour la postérité

Le Nigéria alors dirigé par Goodluck Jonathan qui semblait être séduit par le mandat unique a dû abandonner l'idée face à une polémique politique persistante sur les avantages réels d'un seul mandat du président. Décidé à ancrer son nom dans la prospérité, Patrice Talon veut donner l'exemple en cédant son fauteuil en 2021, à la fin de son mandat.

La règle devrait ensuite s'appliquer à tous ses successeurs si la réforme de la constitution de décembre 1990 est adoptée. Il faut dire que l'initiative n'est pas dénuée d'avantages. Pour les défenseurs du mandat unique, la mesure permet de libérer le locataire du Palais de la Marina des pressions issues de partis politiques, des lobbys, des forces économiques et même des électeurs qui agitent l'épouvantail de la sanction par les urnes.

Débarrassé de l'obsession de la réélection, le président de la République gouvernerait donc à l'aune de l'intérêt général du pays qui sera le seul substratum de ses politiques publiques. Dans le prolongement de cette idée, le Président ne serait plus dans le calcul politicien et pourrait aisément prendre des mesures impopulaires.

Toujours dans le camp des souteneurs, on avance aussi l'argument de l'alternance démocratique pour éviter la prise en otage du pouvoir. Le mandat unique est alors présenté comme une mesure face à la longévité au sommet de l'Etat. Il devrait permettre une rotation plus fréquente des personnes au somment de l'Etat et pourrait aider à rendre effective, la reddition des comptes.

En face, les critiques fusent. « Le mandat unique, parce qu'il libère totalement le Président de la République de l'obligation de tenir compte de l'avis des citoyens, enlève une partie du contenu démocratique d'une démocratie, c'est-à- dire un mode de gouvernement qui est supposé garantir la prise en compte de l'avis d'une majorité du peuple », réplique Mathias Hounkpè, analyste politique à l'Open Society Initiative for West Africa (OSIWA).

Vers une désinstitutionnalisation de la fonction présidentielle?

Pour notre interlocuteur, le quinquennat unique « contribue à une sorte de « désinstitutionalisation » de la démocratie. Dans la mesure où, le mandat unique remplace des mécanismes prévus pour inciter à gérer en tenant compte du peuple, par la volonté du Président de la République, c'est-à-dire remplace les institutions par la volonté d'un Homme ».

Mais le risque soulevé par les pourfendeurs du mandat unique est ailleurs. Pour eux, le prestige de la fonction s'en trouverait amoindrie même si l'idée d'avoir les commandes étatiques de façon éphémère pourrait contribuer à calmer l'appétence de certains pour le pouvoir.

« C'est vrai qu'avec le mandat unique, il faudra à l'issue de chaque mandat (selon la durée du mandat qui sera retenue), réélire un nouveau président qui aura toujours besoin d'appuis de puissances financières. Surtout si les élections continuent d'être aussi couteuses qu'elles le sont en ce moment au Bénin, et rien n'indique que cela pourrait changer dans un avenir proche », explique Mathias Hounkpè.

Pour d'autres, la réforme sur le mandat présidentiel porte un objectif plus sibyllin. Patrice Talon a fait un glissement des affaires à la politique pour être porté sur le fauteuil du Palais de la Marina. Magnat du coton entre autres secteurs, Patrice Talon est l'un des acteurs économiques les plus influents de l'ancien Dahomey.

Certains voient dans la limitation à un mandat unique, un moyen pour l'actuel président, même après son départ du Palais, d'asseoir son influence face à une tutelle du président de la République qui lui a valu par le passé une inimitié amicale avec l'ancien Président Boni Yayi.

Avec la rapidité de la rotation au sommet de l'Etat, Patrice Talon en fin chef d'entreprise, trouverait alors la parade pour être plus puissant que le président de la République, fonction devenue entre-temps moins prestigieuse, soufflent certains observateurs de la politique béninoise. Une hypothèse peu plausible qui pourrait entraver l'adoption du texte final que le président veut curieusement faire passer par le vote au parlement.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2017 à 12:45 :
Les intérêts égoïstes vont nous tuer. Le monsieur veut faire un mandat unique: je crois que c'est une bonne idée.quitte au prochain président de commencer avec certains ministres qui ont mieux travailler dans le gouvernement précédent.L'Afrique a besoin des valeurs sans politique politicienne.des hommes de vision. Non des préfets des colons.
a écrit le 14/03/2017 à 10:02 :
Ne quitte pas le pouvoir qui veut; seul qui peut se passer du pouvoir peut vouloir le quitter après un mandat@
Réponse de le 15/03/2017 à 17:32 :
un mandat de 5 ans , renouvelable une fois ! les choses allant moins vite en Afrique,il faut laisser au Président élu de faire exécuter ses projets; un mandat unique n'est ni sérieux ni admissible et c'est faire de la démagogie

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