Les dessous de la 'Valls' africaine

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(Crédits : Reuters)
Le premier ministre français, Manuel Valls entame, ce vendredi 28 octobre, sa mini tournée africaine qui va le mener dans trois pays ouest-africains : le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Enjeux d’une visite à haute teneur politique.

La symbolique est trop forte et la comparaison trop tentante pour passer inaperçues. Lorsqu'il foulera, ce vendredi 28 octobre 2016 dans l'après-midi, le tarmac de l'aéroport international Gnassingbé-Eyadema de Lomé, le premier ministre français Manuel Valls suivra les traces de Michel Rocard, dernier locataire de l'Hôtel Matignon avant lui à y effectuer une visite officielle.

Sur les traces de Michel Rocard ?

Michel Rocard est très populaire au sein de la gauche française qui le perçoit comme celui qui incarnait une deuxième gauche face à François Mitterrand avant d'en devenir le premier ministre. En dépit de son surnom d'« ami des dictateurs» pour ses accointances avec certains autocrates au pouvoir, Michel Rocard a eu des positions courageuses pour l'Afrique. Alors inspecteur des Finances, il a rédigé un rapport critique sur la politique française de Guy Mollet en Algérie sans oublier de prendre position contre l'instabilité financière installée par le Franc CFA et contre la très impopulaire Françafrique.

Dans le sillage de l'homme dont il réclame l'héritage politique, Manuel Valls sillonne le continent depuis son entrée à l'Hôtel de Matignon. Après un passage au Tchad et au Niger en 2014, un crochet au Mali, et au Burkina Faso en 2015, le Sénégal en septembre dernier, Manuel Valls fait cap à partir de ce vendredi vers Lomé au Togo, Accra au Ghana et Abidjan en Côte d'Ivoire.

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Dans un contexte où la France est fortement concurrencée dans son pré-carré commercial par la Chine, la Turquie, la Corée du Sud et même Israël, le premier ministre français aura fort à faire pour convaincre de porter d'une vision moderne des relations franco-africaines, débarrassées d'une « Françafrique révolue », selon l'expression décrétée par François Hollande lors de sa visite de 2012 à Dakar.

Valls l'Africain

L'homme de Matignon apportera une caution à la crédibilité internationale du président Faure Gnassingbé Eyedema, un « émir » de la Françafrique soutenu par Jacques Chirac qui a pris la succession de son père et dont le pays a été sous embargo européen depuis plus d'une décennie. En retour, le premier ministre français surfera sur le retour de Lomé sur la scène diplomatique après l'organisation applaudie du sommet sur la sécurité maritime et l'économie bleue en Afrique. Dans ce prolongement, Manuel Valls visitera le port de Lomé placé sous la gestion du logisticien français Bolloré.

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En Côte d'Ivoire où il devrait arriver dimanche, le chef du gouvernement français n'a pas encore contemplé la lagune d'Ebrié qu'il s'attire déjà une volée de bois vert. Sa visite coïncide en effet avec le jour du référendum pour une révision constitutionnelle censée réaliser la catharsis après la crise post-électorale sous Gbagbo. La visite y est décriée par l'opposition comme un soutien implicite à un projet de « dérive monarchique » porté par le président Alassane Ouattara.

Le passage à Accra au Ghana, un pays anglophone qui s'achemine vers une présidentielle en décembre prochain, est destinée à convaincre de la vocation universaliste du nouveau regard français sur ses relations avec l'Afrique. Manuel Valls visitera au centre d'entraînement antiterroriste à l'heure où la France se pose comme un allié de la lutte contre le fléau.

Un costume de présidentiable

Le décor est campé. A six mois de la présidentielle en France, la gauche française tergiverse encore sur un candidat du consensus qui aurait l'envergure nationale et internationale pour la mener vers la victoire. C'est dans cette logique que s'inscrit Manuel Valls à l'heure où les spéculations vont bon train sur son éventuelle candidature devant un François Hollande en apnée dans les sondages. Avec sa tournée, le locataire de Matignon se taille un costume d'homme d'Etat capable de gérer les dossiers internationaux donc de présidentiable.

Il compte ainsi se poser en homme de la seconde gauche comme l'était alors Michel Rocard dans les années 1970 au sein du Parti socialiste(PS). Manuel Valls s'est converti au rocardisme depuis qu'il a conseillé Michel à Matignon. S'il s'est disputé l'héritage de son « père politique » avec Emmanuel Macron, la tentative de se poser en homme de la « seconde gauche » est bien réelle. Et comme il le disait dans un hommage rendu à Michel Rocard à sa mort, l'homme « ne craint pas de bousculer sa famille politique »

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Commentaires
a écrit le 30/10/2016 à 11:28 :
La gauche francaise a du pain sur la planche a quelques mois de l'election presidentielle.
a écrit le 29/10/2016 à 23:45 :
Pitoyable

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