Guinée : un deal chinois à 20 milliards de dollars contre des ressources minières

 |   |  1213  mots
(Crédits : Reuters)
La Guinée et la Chine ont signé un accord cadre de prêt d’un montant de 20 milliards de dollars pour les 20 prochaines années. En contre partie du financement chinois destiné à la réalisation d’infrastructures, la guinée va assurer aux entreprises chinoises des concessions minières afin de rembourser le prêt. De quoi susciter des inquiétudes au sein de l’opinion du pays mais aussi au delà… d’autant que ce n’est pas la première expérience en la matière pour la Chine sur le continent.

Des dollars contre des ressources minières : c'est le nouveau deal que viennent de signer, ce 5 septembre à Xiamen, la Guinée et la Chine. En visite dans l'empire du milieu où il était invité au sommet des BRICS en sa qualité de président en exercice de l'Union africaine, le chef de l'Etat guinée Alpha Condé en a profité pour faire des affaires pour le compte de son pays. La moisson a été des plus bonnes puisque les deux pays ont paraphé un accord cadre de financement des projets d'infrastructures prioritaires pour une enveloppe de 20 milliards de dollars américain qui seront débloqués sur les vingt prochaines années. Le financement qui se décline sous la forme d'un prêt chinois à la Guinée a été adossé « aux revenus futurs de projets miniers portés  par les entreprises chinoises en Guinée » selon la présidence guinéenne.

Selon la même source, l'accord qui a été signé par le ministre d'Etat guinéen en charge du partenariat public privé, Ibrahima Kassory Fofana, et le Président de la Commission nationale du développement et des reformes (NDRC), He Lifeng, est l'aboutissement de plusieurs mois de négociations. Il s'inscrit en effet dans le cadre de l'accord de coopération stratégique global conclu en Chine lors de la visite qu'a effectué Alpha Condé, en octobre 2016.

« L'Accord Cadre signé le 5 septembre fixe donc les conditions de réalisation de l'accord stratégique pour promouvoir un partenariat gagnant-gagnant. Le principe de ce partenariat, est basé sur l'approvisionnement à long terme à la Chine de matières premières et produits miniers contre la disponibilité pour la Guinée de financements et de technologies pour favoriser le développement des infrastructures et l'industrialisation du pays ».

Des infrastructures contre des concessions minières

Selon les détails donnés par la présidence guinéenne à la suite de la signature de l'accord, le premier lot de financement qui porte sur un montant total d'environ 1,3 milliards de dollars sera  débloqué dès cette année. Il concernera la réalisation de plusieurs infrastructures dont entres autres, des voiries dans la capitale Conakry qui bénéficiera également d'une extension de son port, la reconstruction d'une portion de la route nationale, la réalisation d'une ligne  de transmission électrique entre les localités de Linsan et Fomi ainsi que la réhabilitation et l'extension d'une université régionale.

L'accord ne concerne pas d'autres projets financés par la Chine déjà lancés ou en cours de lancement notamment le barrage hydroélectrique de Souapiti, dont les négociations sous forme de partenariat public privé pour un montant de 1,5 milliards de dollars sont déjà  à un stade avancé. Il en va de même pour les projets d'extension de l'hôpital Sino Guinéen, de la  construction du siège du Parlement, et de l'appui au programme national d'adaptation au changement climatique, des projets financés par un don chinois pour une enveloppe globale d'environ 100 millions de dollars.

Dans le cadre des négociations, la présidence guinéenne a également détaillé les exploitations minières permettant d'assurer le remboursement des prêts. Elles ont été  identifiées sur la base des projets commerciaux en conformité avec la règlementation en vigueur et au titre des premiers lots de projets d'infrastructures, trois concessions ont déjà été accordées à des entreprises chinoises. Il s'agit du projet d'exploitation des blocs de Boffa Sud et Boffa Nord par Chalco, celui de bauxite alumine qui est tombé dans le giron de CDM Henan Chine ainsi qu'un autre  projet d'exploitation de bauxite alumine accordée à la SPIC.

« Le ministère des mines et de la géologie a donné les autorisations et signé les accords préliminaires concernant les projets miniers ciblés » précise la même source ajoutant par la même occasion que les accords de financement spécifique par projet seront négociés entre le ministère de l'économie et des finances et les institutions financières chinoises désignées sur « la base des études pertinentes démontrant la faisabilité technique, économique et financière des projets concernés ».

« Cet accord cadre historique matérialise la vision du chef de l'Etat relative au développement du secteur minier » s'est félicité la présidence guinéenne pour qui la mise en œuvre de cet accord permettra au secteur minier de jouer pleinement son rôle catalyseur pour la diversification de l'économie guinéenne et la réduction de sa dépendance des mines. Le président Alpha Condé n'a pas d'ailleurs manqué d'exhorter, à l'occasion,  « l'ensemble des Guinéens à travailler ardemment, dans la paix et la rigueur, pour faciliter la mise en œuvre de cet accord qui garantira la prospérité du pays pour les générations présentes et futures ».

Inquiétudes

Tout est clair donc et bien ficelé à en croire les autorités guinéennes qui ont anticipé sur la réaction de l'opinion, laquelle s'inquiète déjà des dessous de cet accord cadre.

Au niveau des structures de la société civile ainsi que de l'opposition politique, ce sont les mêmes inquiétudes. Ce jeudi en prélude à une réunion de l'opposition, son chef de file Cellou Dalein Diallo  a indiqué qu'il va falloir attendre le contenu détaillé de l'accord avant de se prononcer. Toutefois, le président de l'UFDG s'est laissé aller à quelques commentaires devant la presse guinéenne.  «La Chine détient aujourd'hui beaucoup d'usines d'alumine et d'aluminium et fait 57% de la production mondiale, mais quelle est la nature de la transaction ? C'est extrêmement important d'être vigilant, attentif, lire les documents pour savoir qu'est-ce qu'on nous donne et véritablement en contrepartie de quoi » a avertit le président de l'Union des forces démocratiques de Guinée et ancien premier ministre sous Lassana Conté.

Le gouvernement guinéen devrait également s'attendre à la probable réaction de ses principaux partenaires financiers notamment le Fonds monétaire internationale (FMI), très à cheval sur ce genre de transactions qui alourdissent la dette des pays africains. On se rappelle qu'en 2009, le FMI a fait des pieds et des mains pour faire capoter un accord similaire conclu, en 2007, par la RDC avec la Chine. L'accord, d'un montant de 9 milliards de dollars, contre des ressources minières a été l'époque qualifié aussi « d'accord du siècle » mais devant l'intransigeance du Fonds international, les autorités congolaises ont dû faire marche arrière afin de pouvoir continuer à bénéficier de l'assistance des partenaires financiers de Breton Woods.

A la décharge de la Guinée, son niveau d'endettement est relativement faible par rapport au cas congolais de l'époque et lors de sa dernière mission d'évaluation, en avril dernier,  du programme d'assistance que l'institution accorde à la Guinée, le FMI a estimé « qu'augmenter les investissements en infrastructure, tout en préservant la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, sera également important pour réaliser le potentiel de croissance de l'économie guinéenne ».

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/09/2017 à 22:35 :
Je crois rêver ! 20 milliards sur 20 ans, soit 1 milliard par an ? C'est une misère ! Les revenus que les chinois en tireront seront 100 fois supérieurs ! Condé est juste un crétin ! Une fois de plus, nous sommes les dindons de la farce.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :