Finance climatique : il est urgent d'agir !

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(Crédits : OZ)
Le gotha de la finance mondiale qui s'est réuni vendredi 4 novembre à Casablanca à l'occasion de la seconde édition du Climate Finance Day, tenue en prélude à la Cop 22 marocaine, tire la sonnette d'alarme. Il est urgent pour la finance mondiale de négocier un virage serré, et de passer d'une "finance grise", destructrice de valeur à une finance orientée climat.

Une finance verte ?  C'est une réalité. Une finance philanthrope ? C'est un mythe, et ça le restera ! Le gotha de la finance mondiale, réuni le 4 novembre à Casablanca à l'occasion de la seconde édition du Climate Finance Day, a bien la tête sur les épaules et confirme cette affirmation, aussi évidente que difficile à assimiler pour une certaine frange d'utopistes. Pourtant, lors de cet événement organisé par Casa Finance City (CFC) et labellisé COP 22, le consensus sur l'urgence d'une finance « orientée climat » ne laissait pas de doute sur l'imminence de la menace.

Quand J.P Morgan interpelle les gouvernements

Dès lors, tout l'enjeu est de trouver les mécanismes pour faire de la finance verte, une finance rentable. La loi du capitalisme est implacable, et l'histoire a démontré que la résistance à cette logique est vaine. « Les investisseurs comparent des titres liquides, peu leurs importe la nature. Au final, c'est les caractéristiques intrinsèques des valeurs qui comptent », tranche Marilyn Ceci, Managing Director, Head of Green Bonds chez la fameuse banque d'affaires J.P. Morgan. Cette banquière endurcie ne perd pour autant pas le cap environnemental.

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« C'est le rôle des gouvernements et des leaders mondiaux de mettre en place des mécanismes susceptibles de faire converger les comportements des investisseurs avec les exigences climatiques. Nous avons des exemples concrets de réussite de ce modèle là où les conditions étaient réunies », conclut cette experte des obligations dites vertes.

Les termes de l'équation sont ainsi posés, et le rôle de la variable publique est déterminant.

Obligations vertes, la première levée Africaine

Ce même 4 novembre -qui a coïncidé avec l'entrée en vigueur de l'accord de Paris à quelques dizaines d'heure de l'ouverture officielle de la Cop 22 de Marrakech- Mustapha Bakkouri, le Président du directoire de MASEN, l'Agence publique marocaine en charge du déploiement du programme national de centrales solaires a fait une annonce de taille. Pour la première fois en Afrique, une levée d'obligations vertes est bouclée, d'un montant de 1,15 milliard de dirhams (plus de 100 millions d'euros), destinés à financer la construction de trois nouvelles centrales photovoltaïques dans les provinces sud du royaume.

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« Ce financement a été obtenu à des conditions particulièrement avantageuses », se félicite Bakkoury, prolongeant pourtant le suspense sur les conditions précises de cette levée obligataire estampillée « green ». Nul besoin de mettre ainsi l'accent sur le caractère étatique de cette Agence qui a pu concrétiser cette première continentale. Ceci-dit, là où le bât blesse, c'est bien au niveau des financements purement privés.

Une transition rapide vers une finance climatique, du bon sens

Sans ces derniers, les 100 milliards de dollars annoncés à destination des pays les moins avancés (principalement Africains) pour s'adapter au dérèglement climatique, resteront dans le champ des promesses. Mais il faut dire que même dans ce registre, les experts ne manquent pas de solutions, et comptent fortement sur le déroulement de la Cop 22 pour passer à l'action.

« La finance mondiale, notamment européenne, investit des dizaines de milliards d'euros dans des placements à taux négatifs ou nuls. C'est une véritable aberration de ne pas allouer ces ressources colossales dans des instruments verts, qui ne peuvent être que rentables », s'indigne Sean Kidney, CEO de la Climate Bonds Initiative.

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Pour ce passionné « so british », le passage vers la nouvelle économie, l'économie verte, relève tout simplement du bon sens, et seules les résistances générées par les intérêts archaïques freinent encore cet élan. « Il n'est plus question de marcher, il faut courir ! », s'alarme l'expert.

Même son de cloche chez Anthony Hobley, CEO de la Carbon Tracker Initiative : « la 'brown finance' (ndlr. destinée au financement de projets polluants) capte encore la part la plus importante des fonds investis. Or cette finance, et les projets qu'elle réalise, détruisent de la valeur aujourd'hui et continueront à le faire demain. Il faut que les investisseurs comprennent que le monde change, que la finance mondiale doit suivre et surtout, que la balance des risques change aussi ».

Hobley poursuit son analyse particulièrement pragmatique : « si la finance mondiale ne prend pas conscience de la vitesse nécessaire pour achever cette transition, la destruction de valeur sera catastrophique ». Quand cette transition passera à la vitesse supérieure ? That is the question.

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