Panama, Îles Vierges, Luxembourg, France... Les mystérieuses pérégrinations de l'assureur «panafricain» SUNU

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Pathé Dione, patron de Sunu Assurances, est un ancien d'UAP où il a assuré le poste de directeur Afrique de 1984 à 1997, avant que celle-ci ne soit absorbée par le géant Axa.
Pathé Dione, patron de Sunu Assurances, est un ancien d'UAP où il a assuré le poste de directeur Afrique de 1984 à 1997, avant que celle-ci ne soit absorbée par le géant Axa. (Crédits : DR.)
Sunu Assurances, créée en 1998 et aujourd'hui compagnie de droit français, peut se targuer de ses performances à travers ses filiales en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Pourtant, c'est un vrai mystère qui entourait jusque-là les circonstances dans lesquelles a été créé SUNU Finances SA, le holding qui contrôle les actifs de la compagnie d'assurance. Une nébuleuse de sociétés-écrans et de paradis fiscaux que «La Tribune Afrique» vous dévoile, documents à l'appui et en exclusivité.

«Tour de contrôle du capitalisme français, la citadelle UAP, née en 1968, est tombée comme un fruit mûr». Et il semble bien que la récolte ait été engrangée bien au-delà de l'Hexagone, en Afrique.

Nous sommes en janvier 1997, et l'on peut lire ce passage truffé de symboles sur les colonnes du magazine économique français L'express, sur la fusion de l'Union des Assurances de Paris (UAP) et d'AXA, qui avait donné naissance au n° 1 mondial de l'assurance et à la plus importante entreprise française par son chiffre d'affaires et sa capitalisation de l'époque.

L'acte de mariage est alors signé par Claude Bébéar, le tout puissant patron d'AXA, et Jacques Friedmann, à la tête de l'UAP, le 12 novembre 1996, à peine deux ans et demi après la  privatisation de celle-ci par le gouvernement d'Edouard Balladur, dans le même «lot» que les groupes BNP, ELF-Aquitaine ou encore Total.

Une première tentative de privatisation de l'UAP est lancée en 1987, sans succès, sous le gouvernement mitterrandien de Jacques Chirac, devenu président de la République au moment de la fusion historique qui engendra un champion français d'envergure mondiale.

L'UAP tombée, SUNU apparaît

Mais que vient faire l'Afrique dans cette transaction stratégique, s'inscrivant dans la lignée de la vaste politique de «désengagement» de l'Etat menée par la France en cette période de son histoire économique ?

Sur le point d'intersection entre l'Afrique et cette transaction franco-française, l'on retrouve l'assureur panafricain SUNU, et en son cœur, son fondateur franco-sénégalais, Pathé Dione. «Pat», comme le surnommeraient ses amis, a été recruté par l'UAP en 1984, plus précisément par la présidente Yvette Chassagne, en tant que directeur Afrique, où la compagnie française compte un éventail de filiales. Dione reste fidèle à ce poste jusqu'en 1997, date à laquelle il aurait procédé à la première vague de rachat de filiales d'AXA (branche Vie), qui a tout juste finalisé le processus de fusion avec l'UAP, signant la disparition de la marque d'assurances au profit d'AXA.

Pourtant, selon les statuts dont La Tribune Afrique détient copie, SUNU Finances Holding SA, société qui contrôle alors les actifs de SUNU Assurances, a été officiellement créée le 28 août 1998 dans des circonstances pour le moins équivoques.

SUNU Luxembourg

Il faut dire que l'intervalle temporel entre 1996 et 2001 est aussi «euphorique» que baignant dans le flou pour les protagonistes de cette histoire, tant du point de vue des événements que des zones géographiques où ils se déroulent. Un point «spatio-temporel» s'impose.

Lovett & Grebell, ou quand le Panama s'invite au Luxembourg...

Les premières fuites dans la presse francophone sur une éventuelle fusion entre l'UAP et AXA sont rendues publiques en juillet 1996. Il va sans dire qu'une opération d'une telle envergure nécessite au bas mot plusieurs mois de préparation et de négociations. A cette époque en France, la «loi 96-392, relative à la lutte contre le blanchiment et le trafic des stupéfiants et à la coopération internationale en matière de saisie et de confiscation des produits du crime», est promulguée le 13 mai 1996.

Dans un paradis fiscal, au Panama, deux semaines plus tôt, le 29 avril 1996, la société Grebell Investments S.A est officiellement créée et gérée par des administrateurs locaux qui «s'occupent» en parallèle de milliers d'autres sociétés (son trésorier, De Navarro Myrna, est par exemple présent dans 10,354 entreprises !).

D'après les documents en possession de La Tribune Afrique, la société est également en lien avec des dizaines d'entreprises panaméennes, affichant ainsi les caractéristiques d'un montage complexe d'une société-écran, rendu célèbre par les Panama Papers. Sur le même modèle, deux mois plus tôt, le 27 février 1996, la Société Lovett Overseas SA, est créée.

Le 28 août 1998, dans la ville de Luxembourg, autre paradis fiscal des années 1990, Lovett et Grebell créent SUNU Finances Holding SA, en souscrivant à parts égales 2,4 millions de francs français, et en en libérant le quart.

SUNU Finances (aujourd'hui connue comme SUNU Participations, après un changement de dénomination), holding qui contrôle SUNU Assurances, est alors administré par Oussman Boccoum depuis Bangui (Centrafrique), Papa Demba Diallo depuis Dakar (Sénégal) et... par Papa Pathé Dione, depuis Saint-Maur des Fausses en France. Dès lors, et au vu du contrôle qu'exerce actuellement «Pat» sur la compagnie d'assurances panafricaine, l'on ne peut que se poser des questions sur ses liens avec les mystérieuses sociétés qui restent jusqu'à lors panaméennes. Jusqu'à lors seulement, puisque le mystère va s'épaissir à coups de transferts de sièges et de changements de nationalités.

Entre-temps, AXA-UAP continue à céder ses filiales africaines à SUNU, même si dans les documents officiels du groupe panafricain sis au Luxembourg, la référence à des négociations n'apparaît qu'à partir de 2002. «Nous sommes en négociation très avancée avec le groupe AXA pour la reprise de l'ensemble des sociétés d'assurance Vie en Afrique subsaharienne», peut-on lire dans le rapport annuel 2002 de SUNU Assurances. «Celles-ci ont abouti à la signature des contrats de cession le 6 février 2004 et l'opération est en cours de finalisation. Ces nouvelles acquisitions vont redimensionner la taille du Groupe SUNU Assurances et étendre sa présence géographique au Cameroun et au Gabon», indique ensuite le rapport annuel 2003.

Les Îles vierges britanniques entrent en scène

Pendant ses premiers exercices, SUNU affiche une importante croissance de ses activités et se fait un nom dans le secteur des assurances dans la zone CIMA (Conférence interafricaine des marchés d'assurance). Pourtant, du côté de l'actionnariat officiel du holding, la vie de l'entreprise est beaucoup plus tumultueuse. Un autre paradis fiscal va s'inviter dans les pérégrinations de SUNU Finances Holding au début des années 2000. Le 16 janvier 2001, les deux mystérieuses Lovett et Grebell signent leurs actes de transfert du Panama vers... les Îles vierges britanniques (BVI).

Panama Lovett

D'après les experts en paradis fiscaux, cette destination offre une meilleure protection en cas de recours, tombant sous la juridiction pénale du Royaume-Uni. Les BVI permettraient également une meilleure «optimisation» dans le cadre de l'acquisition d'actifs par des sociétés-écrans. A compter de ce transfert, sur le papier, SUNU devient une société aux origines «britannico-vierges» (le nom officiel des autochtones est habitants des BVI).

Panama Grebell

PanEuroLife éclabousse AXA via l'UAP

Quelques mois plus tard en 2001, en France, le milieu des assurances est secoué par l'affaire PanEuroLife, dans laquelle Claude Bébéar et son bras droit Henri de Castries sont mis en examen (parmi 21 autres personnes) pour «vol, escroquerie et blanchiment de capitaux aggravé». PanEuroLife est une société de droit luxembourgeois créée en février 1991 par Gaston Thorn, l'ex-président de la Commission européenne. Ce dernier la présentait comme «un projet ambitieux tentant d'anticiper l'Europe de demain et ses 320 millions de consommateurs». La société se présentait comme une coentreprise entre quatre grandes institutions financières : l'UAP, la Royale Belge, le britannique Sun Life et la Banque Internationale à Luxembourg (BIL). L'UAP en assumait clairement le leadership, puisqu'il détenait 26% de Sun Life et 50% de Royale Belge, à parité avec le groupe Albert Frère, lui-même actionnaire de la BIL.

Il est décidé que les comptes de la nouvelle filiale seront intégrés à ceux de l'UAP par le biais de ceux de la Banque Worms, qui fait aussi partie du groupe. PanEuroLife est vendue en 1999 à un assureur américain qui a contesté la vente en arbitrage au lendemain de l'éclatement de l'affaire.

En bref, la Banque Worms se serait chargée de placer des contrats d'assurance-vie pour blanchir les capitaux d'un certain nombre de clients. L'affaire a été révélée par des responsables de la Poste, suite à l'utilisation de CCP par la Banque Worms pour faire transiter les capitaux en question. Des difficultés pour exploiter des documents saisis au Luxembourg renvoient finalement l'affaire aux oubliettes.

Nouvelle loi, SUNU revient au bercail

Si la trace de Lovett et Grebell se perd «efficacement» dans les BVI, les changements d'adresses et de nationalité ne s'arrêtent pas là pour la sphère SUNU. Le 9 juillet 2010, c'est autour de SUNU Finances Holding de signer son départ du Luxembourg. Le même jour est promulguée en France «la loi 2010-768 du 9 juillet 2010 visant à faciliter la saisie et la confiscation en matière pénale». Dès lors, la holding devient une société de droit français. Mieux encore, sa nouvelle adresse n'est autre que celle du fondateur du groupe, Pathé Dione, à Saint Maur des Faussés, une petite commune francilienne où il habite officiellement depuis au moins 1998. Après cet ultime changement de nationalité, SUNU Finances Holding passe du statut de société anonyme à celui de société par actions simplifiées (SAS), offrant plus de flexibilité, de liberté statutaire, de protection et de pouvoirs aux fondateurs et, à la différence de la SA, peut compter seulement deux associés.

La Tribune Afrique a tenté de trouver réponse à ses interrogations auprès de Pathé Dione sans succès, le processus pour organiser une interview s'étant brusquement arrêté après que nous ayons présenté la teneur de nos questions.

Aujourd'hui, SUNU Assurances est un champion de l'assurance dans la zone CIMA, et même leader sur le segment de l'assurance-vie. De son côté, depuis la cession des filiales vie de l'UAP à Pathé Dione, le groupe AXA a déployé une nouvelle stratégie continentale pour conquérir les opportunités africaines.

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Commentaires
a écrit le 17/10/2017 à 17:30 :
Humm, Sunu aiguise les appétits on dirait, on cherche à envoyer un message flou en évoquant des iles paradis fiscales sans pour autant développer et faire comprendre qu'en général les Holdings se montent de la sorte. Bref article louche.
a écrit le 16/09/2017 à 22:36 :
Quel message cet article veut-il faire passer ?
Que les fondateurs de SUNU sont/seraient des fraudeurs fiscaux ?
Article commandé dans le contexte actuel de bataille sur l'actionnariat de SUNU ?
On peut être tenté de le croire...
Réponse de le 17/09/2017 à 17:01 :
On sait qui est derrière un tel article
Réponse de le 27/09/2017 à 11:35 :
Bizarrement aucune trace de l'OPA hostile menée en ce moment !!

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