Moody’s confiante sur la maîtrise des risques des banques marocaines sur les marchés africains

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Les principaux groupes bancaires marocains à savoir Attijariwafa bank, BCP et BMCE-BoA poursuivent depuis plusieurs années une expansion africaine qui a dopé leurs croissances.
Les principaux groupes bancaires marocains à savoir Attijariwafa bank, BCP et BMCE-BoA poursuivent depuis plusieurs années une expansion africaine qui a dopé leurs croissances. (Crédits : DR)
Dans une analyse comparative qui vient d’être rendu publique, Moody’s Investor a analysé la résilience des 3 principales banques marocaines (Attijariwafa bank, BMCE-BoA et BCP) face aux risques qu’elles s’exposent dans leur stratégie d’expansion africaine. Les principaux groupes bancaires marocains se développent certes en Afrique avec des disparités quant à leur capacité d'absorption des risques, mais dans l’ensemble, l’agence de notation internationale que la gestion de ces risques est globalement maitrisée. Mieux, elle s’attend à une amélioration de l’assainissement des portefeuilles dans les prochains mois, ce qui contraste avec l’alerte donnée par l’autre agence de notation Fitch Rating en mai dernier.

C'est une note d'analyse « plus soft » que celle publiée en mai dernier par Fitch Rating, que l'agence de notation Moody's vient de publier sur l'exposition des banques marocaines aux risques des pays africains. De manière générale, l'analyse de Moody's Investor, la branche spécialisée dans l'analyse des marchés financiers de l'agence de notation internationale, a fait ressortir que les principaux groupes bancaires marocains à savoir Attijariwafa bank (AWB), la Banque centrale populaire (BCP) et BMCE Bank of Africa (BMCE-BoA), qui poursuivent depuis quelques années une expansion africaine afin de doper leurs croissances, adoptent toutes « des stratégies de banque universelle comparables ». Néanmoins, ajoute la note, « hormis ces similitudes, des disparités sont à noter entre ces trois établissements, vis-à-vis notamment de leur capacité à absorber d'éventuels risques de crédit supplémentaires ».

Les trois banques marocaines dont la stratégie africaine et l'exposition aux risques sur ces marchés a été passée au peigne fin représentent à elles-seules les deux tiers des actifs bancaires du pays. Elles sont surtout le porte-flambeau de l'offensive marocaine en Afrique particulièrement celle du secteur bancaire et se classent désormais au sein des « majors » du continent avec une présence dans au moins une dizaine de pays pour chacune d'entre elles.

Afin de mieux appréhender l'exposition aux risques des filiales africaines, Moody's Investor a analysé la stratégie d'expansion de ces banques ainsi que la qualité des marchés et de l'encours des crédits dans les pays où elles opèrent.

L'Agence a ainsi noté que les activités plus rentables réalisées en Afrique, essentiellement axées sur la banque de financement, « ont considérablement renforcé la rentabilité opérationnelle des trois banques ». La BMCE a ainsi réalisé 47% de son produit net bancaire depuis ses filiales africaines, comparativement à 28% pour Attijariwafa bank et 17% pour BCP. Pour autant, le résultat net d'AWB est supérieur à celui de ses homologues fait constater la note expliquant ce qui pourrait ressembler à un paradoxe « à des coûts d'exploitation stables et plus faibles que ceux de ses concurrentes, mais aussi à la part comparativement plus importante des commissions et autres revenus et à des provisions pour risque de crédit moins élevées ».

Stratégie d'expansion et exposition aux risques différents selon les portefeuilles

Dans leur stratégie de conquête africaine, les trois banques marocaines affichent en effet des stratégies différentes. La BMCE et la BCP semblent privilégier une offensive d'ensemble en prenant le contrôle de holdings et plusieurs implantations en une seule opération (BOA pour la BMCE et Atlantique Business International pour BCP), Attijariwafa bank préfère une stratégie coup par coup, c'est-à-dire à travers des implantations pays par pays par le rachat de banques locales déjà actives ou par création d'une nouvelle filiale. Aussi, la BCP et AWB reste pour l'heure plus actives en Afrique de l'Ouest, et centrale dans une moindre mesure, avec une priorité pour les marchés francophones, alors que la BMCE-BoA est aussi présente en Afrique de l'Est et australe où dominent les marchés anglophones.

Dans sa note, Moody's a également mis en relief qu'avec 23% du portefeuille pour AWB et 25% pour BMCE-BoA, les deux établissements qui ont été les précurseurs de ce développement sur le continent, affichent les encours les plus élevés de crédits octroyés en Afrique. Le groupe BCP dont l'offensive africaine n'a atteint une vitesse de croisière que dans un passé relativement récent présente une exposition plus limitée de 12%.

Aussi, la note relève que le groupe Attijariwafa bank affichait, à 7%, le plus faible ratio de créances en souffrance sur prêts bruts des trois banques en décembre 2016, contre 7,7% pour BCP et 8,3% pour BMCE-BoA. « Attijariwafa et BCP sont les mieux armées pour faire face à toute nouvelle tension sur leurs portefeuilles d'actifs, avec des créances en souffrance représentant respectivement 36% et 39% des fonds propres et provisions pour pertes des banques, comparativement à 54% pour BMCE » apprécie les auteurs du rapport. La BCP présente, de son coté et selon Moody's, un profil de financement plus solide que les deux autres banques grâce à un vaste réseau d'agences lui permettant la collecte d'une base importante de dépôts. Comparativement à ses homologues, « la banque est de facto moins dépendante du financement de marché alors qu'en revanche la BMCE a régulièrement affiché un niveau élevé d'actifs liquides », analyse Moody's.

Risques maîtrisées par une surveillance renforcée

Au delà de ces principaux aspects de repères sur le portefeuille africain des principales banques marocaines, l'analyse de Moody's se distingue par une appréciation plus positive de la gestion des risques sur les marchés africains par Attijariwafa, BMCE et BCP.

« Si les trois banques présentent des niveaux élevés de créances douteuses, Moody's s'attend toutefois dans les 12 à 18 prochains mois à une stabilisation de la performance des portefeuilles de prêts de ces trois banques, en raison de l'amélioration de la situation économique au Maroc et au renforcement de leur gestion des risques au niveau de leurs filiales étrangères. » Olivier Panis, VP senior credit officer.

Dans une analyse similaire publiée le 11 mai dernier, l'autre agence de notation internationale Fitch, a estimé que « sur le court terme, la hausse de l'activité des banques marocaines en Afrique et la part croissance de ces filiales dans leurs bilans, n'est pas sans risques ».

C'est ce que dit aussi Moody's tout en mettant en avant des perspectives positives en matière d'assainissement des portefeuilles alors que pour Ficth d'autres risques sont de nature à affecter le dynamisme de ces banques.

« Dans la plupart des marchés africains, les obligations souveraines nationales sont évaluées à plusieurs niveaux inférieurs aux obligations souveraines marocaines notés BBB- » avaient alors souligné Fitch tout en ajoutant que « les environnements d'exploitation sont également généralement plus risqués, exposant ainsi les banques à un risque d'actif plus élevé ».

L'analyse de Fitch n'a bien évidement pas été au goût des opérateurs marocains mais surtout de la Banque centrale, surtout qu'elles pointent également du doigt des normes réglementaires qui peuvent être moins développées sur certains marchés qu'elles ne le sont au Maroc.

Le gouverneur de Bank Al Maghreb (BAM), Abdelatif Jouahri a tenu à remettre en cause certains aspects de cette note mettant un point d'honneur sur le fait que son institution met à surveiller de près la stratégie d'expansion des banques marocaines. Afin de mieux renforcer cette surveillance, le régulateur marocain a ainsi conclut plusieurs accords de partenariats avec ses homologues d'Afrique centrale (zone CEMAC) et occidentales (Zone UEMOA).

La Banque centrale marocaine qui établit régulièrement des rapports de supervision bancaire qui s'étend à l'exposition des banques locales aux risques portées par leurs filiales africaines va même envoyer prochainement des missions de contrôle dans plusieurs pays du continent afin de renforcer son dispositif de surveillance.

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