Assurances : Allianz Togo aux prises avec les directives de la CIMA

Par Marie-France Réveillard  |   |  1381  mots
La 3e conférence de l'association des actuaires africains s'est tenue le 29 juin dernier au siège de l'Unesco à Paris. (Crédits : AAA)
Le débat relatif à l'augmentation du capital réglementaire dans la zone CIMA (Conférence interafricaine des marchés d'assurances), décidée en avril 2016, se poursuit. A l'occasion de la rencontre organisée par l'AAA (Association des actuaires africains), tenue le 29 juin dernier à l'Unesco, Nelly Mongosso'o, directrice générale d'Allianz Togo, tire la sonnette d'alarme.

Depuis 10 ans, le marché de l'assurance croît en moyenne de 10% par an. Toutefois, face au développement rapide des banques dans l'espace subsaharien, le taux de pénétration des assurances reste faible. La croissance économique ainsi que l'émergence d'une classe moyenne subsaharienne ont favorisé l'introduction de nouvelles règles d'assainissement du secteur, conduisant à l'uniformisation du périmètre qui regroupe aujourd'hui 14 pays pour près de 150 millions d'habitants dans la zone CIMA.

Dès 2012, le doublement du capital social minimum, associé à de nouvelles exigences telles que la réduction des délais d'indemnisation des sinistres, la comptabilisation en produits des primes encaissées, la séparation juridique des opérations vie et non-vie ont redessiné le marché des assurances. La domiciliation de davantage de risques, mais aussi l'informatisation des données et le renforcement des capacités sont devenus des priorités.

En 2016, l'augmentation du capital règlementaire pousse les compagnies d'assurances à s'engager dans de vastes programmes d'ajustement structurels afin de répondre aux directives de la CIMA en multipliant par 5 le montant de leur capital social minimum, pour atteindre 5 milliards de francs CFA à l'horizon 2021. Cette décision favorise de fait, les opérations de fusion et d'absorption et annonce la disparition des sociétés les moins capitalisées et les moins structurées, malgré une forte résistance des acteurs.

En effet, la mise à niveau des assureurs aux normes internationales pose la question de leur concentration et de la concurrence. Pourtant, la nécessité d'uniformiser la zone en imposant les best-pratices internationales au marché subsaharien s'est imposée, comme le souligne Adama Ndiaye, président de la FANAF (Fédération des sociétés d'assurances de droit national africaines) :

«La sécurité n'a pas de frontière. Je ne prendrais pas un vol dont la compagnie aérienne ne respecterait que les normes africaines. Il faut respecter le cadre des normes internationales aéronautiques et il en va de même dans le secteur des assurances».

Allianz Togo souhaite un réaménagement des normes

Un an après sa détermination, le nouveau seuil de capital requis continue de faire débat : «Relever le capital minimum s'impose, car les assurances souffrent encore de la comparaison avec les banques», souligne Issofo Nchare, secrétaire général de la CIMA qui précise que «l'ensemble des parties prenantes a été consulté pour fixer le montant de 5 milliards Fcfa». Pourtant, Nelly Mongosso'o estime que les discussions doivent se poursuivre, car l'augmentation du capital pourrait être indexée en fonction des secteurs d'activité ou du PIB des pays membres. Elle s'interroge sur ce «capital unique défini pour des espaces hétéroclites (...) les marchés centrafricains et ivoiriens par exemple étant très différents».

Les nouvelles réglementations de la CIMA représentent un objectif difficilement atteignable pour la majorité des acteurs. Le marché est-il suffisamment mûr pour supporter l'alignement sur les normes internationales ? Réduire le nombre d'assureurs «impactera la concurrence» au détriment des consommateurs, poursuit-elle. Les pays les moins avancés se retrouveront, de fait, particulièrement démunis. «Restera-t-il un seul assureur au Togo ?», s'interroge Nelly Mongosso'o qui précise que «l'augmentation du capital réglementaire doit être aménagée, sans quoi, nous nous retrouverons dans une situation de quasi-monopole, voire de disparition des acteurs à terme, au Togo». Les services innovants et adaptés aux marchés locaux, mais peu rentables, résisteront-ils à cette réglementation ?

Des services «sur mesure» pour les Zémidjans togolais

Depuis 2015, le groupe Allianz, présent dans 15 pays, a fait de l'Afrique subsaharienne une priorité : «Nous voulons être leaders en termes de parts de marché minimales», déclare Nelly Mongosso'o, l'administratrice et DG d'Allianz Togo, également vice-présidente de l'association des Assureurs du Togo. Elle explique que le pays est un «petit marché dans la zone CIMA qui représente 52 millions de primes, tous acteurs confondus, soit 12 compagnies d'assurances, 7 en IRD et 5 en vie». Allianz occupe la 5e place des 7 compagnies IRD (incendies et risques divers) au niveau national avec un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de Fcfa. Les principaux leviers de développement du secteur reposent sur les infrastructures, les mines, mais le plus grand défi d'Allianz reste la pénétration du secteur informel qu'il faut «approcher avec des produits innovants». Afin de lutter contre les «tontines» togolaises, Allianz innove et mise sur la proximité :

«Il faut informer les gens à dépasser les modes de solidarité traditionnelles. Les Togolais craignent de rentrer dans le secteur formel, car pour eux, l'assurance représente, bien souvent, les impôts et tout ce qu'ils ne veulent pas».

Les besoins en assurance-santé sont tels que la compagnie a développé récemment une nouvelle assurance individuelle.

Parallèlement, depuis mars 2017, l'assureur a mis en place un partenariat avec le syndicat des zemidjans (taxis motos). «Une convention avec la centrale syndicale permet de mutualiser le risque et d'accéder à une prime réduite pour assurer leurs véhicules. Il faut toucher les personnes éloignées de l'assurance qui ont certes de petits revenus, mais de façon régulière», explique N. Mongosso'o. «L'éducation des populations», relayée par des modes de gestion adaptés, est l'une des clés de la réussite, selon elle. «Prendre le temps de concevoir des offres adaptées aux besoins est une nécessité trop souvent occultée par les compagnies d'assurance», poursuit-elle. Introduire l'assurance responsabilité civile pour les conducteurs de «zem» fait figure de révolution, car 80% d'entre eux n'ont aucune assurance. Afin de réduire les tarifs de 20%, les «zem» réunis au sein de leur syndicat peuvent désormais souscrire à cette assurance, à partir de 200 chauffeurs pour un tarif annuel, encadré par le ministère des Finances, d'un montant de 20 000 Fcfa. Selon ses estimations, Allianz prévoit quelque 3 000 adhésions annuelles.

Le Togo milite pour l'agrément unique

Le pays représente un «acteur secondaire» sur le marché des assureurs de la zone CIMA et ses acteurs sont directement menacés par les directives de 2016.

«Le Togo voit poindre la disparition de ses acteurs, car c'est le pays qui nécessite le plus de besoins en fonds propres. Mais c'est aussi l'un de ceux où la rentabilité est la plus faible. Il faudrait établir une réglementation en adéquation avec le niveau des marchés tout en laissant plus de temps pour réunir les capitaux attendus».

Quintupler le capital en 5 ans avec un palier obligatoire de 3 milliards en 3 ans apparaît «très difficile» pour le Togo, souligne Nelly Mongosso'o. «Allianz aurait les moyens de payer, mais se pose la question de la rentabilité. C'est la raison pour laquelle nous militons pour l'agrément unique. Sinon, nous nous orienterons probablement vers une voie de succursale pour assurer une continuité dans le pays».

Nelly Mongosso'o estime qu'un «capital global pourrait être défini au niveau régional, sans être obligé de mobiliser le capital requis dans chaque pays». La décision de relever le capital réglementaire minimum relève également d'un acte politique, reposant sur une volonté de maîtriser les frais généraux de la CIMA. En effet, malgré une règlementation renforcée par plus de 40 normes supplémentaires sur les six dernières années, la CIMA ne dispose pas suffisamment de contrôleurs. De fait, une compagnie n'est à ce jour contrôlée que tous les 5 ans. Pourtant, comme le souligne Nelly Mongosso'o, «l'un des problèmes majeurs reste le respect des engagements vis-à-vis des assurés». D'où la nécessité de renforcer la réglementation et les contrôles -sans augmenter les frais- d'après Adama Ndiaye qui insiste sur la «cartographie des risques par régions». Pour la Directrice d'Allianz Togo, la Conférence interafricaine des marchés d'assurances adapte sa stratégie en fonction de ses capacités :

« La CIMA a des difficultés à contrôler chaque pays. Elle a trouvé cette solution pour réduire le nombre de compagnies». Avec seulement 15 contrôleurs sur la zone et la volonté de ne pas augmenter ses frais généraux, la CIMA «se taille un marché qui correspond à ses moyens» et qui favorise les grands acteurs régionaux. Toutefois, Nelly Mongosso'o milite encore pour l'agrément unique...