Paris Europlace : « L’Afrique est sous-financée »

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(Crédits : Reuters)
Les 11 et 12 juillet, Paris Europlace a réuni plus de 2.000 acteurs de la finance internationale. Un an après le Brexit, Edouard Philippe est venu en personne, soutenir Paris comme « place financière » européenne. Parallèlement, l’Afrique s’est invitée dans le cadre d’AfricaFinLab. Dans l’attente d’un leapfrog financier, la FinTech est plébiscitée cette année par les marchés africains.

Paris Europlace confirme son intérêt pour l'Afrique

Paris Europlace a décidé de mettre le Mali à l'honneur en invitant Konimba Sidibé, ministre malien de la promotion de l'investissement et du secteur privé. L'organisation représentative de la place financière de Paris réunit chaque année depuis 24 ans, les principaux acteurs du secteur : banques, assurances, entreprises mais aussi autorités publiques et autorités des marchés financiers. Autant dire que le rendez-vous est devenu incontournable. Paris Europlace, présidée par Gérard Mestrallet, soutient l' « attractivité » de la capitale comme place financière mais aussi sa « compétitivité ». « Qui dit « attractivité », dit amélioration des capacités d'accueil des acteurs financiers. Il faut non seulement les faire venir en France mais aussi leur permettre de développer leurs activités (...) Depuis la crise financière de 2008, on noue des accords de coopération avec les places financières émergentes », explique Karim Zine-Eddine, directeur des études et des relations avec l'Afrique de Paris Europlace. Avec l'arrivée d'AfricaFrance créée en 2013 pour « réinventer » les relations entre l'Afrique et la France, Paris Europlace a été sollicitée pour animer le cluster finance de cette fondation. « En 2013 on a intégré l'Afrique. On a signé un premier accord de coopération avec la place financière de Casablanca CFC, avec laquelle on a travaillé sur la désintermédiation des financements des entreprises et sur l'innovation. On a ensuite signé des accords avec l'Algérie, la COSOB (l'autorité des marchés), puis avec la bourse de Tunis et enfin avec la bourse des pays de l'UEMOA (BRVM) », poursuit-il. Cette approche multilatérale réunit les acteurs des places financières africaines autour d'un certain nombre de projets : « On a d'abord élaboré un diagnostic sur la situation des marchés financiers en Afrique, avant de mener des travaux spécifiques relatifs aux bourses et aux FinTech », explique Karim Zine-Eddine.

La structuration des marchés africains à l'heure du digital

« La finance est le sang humain de l'économie, sans elle il est très difficile de créer de la croissance » déclare Issad Rebrab, le fondateur de Cevital Group, juste avant son déjeuner avec le Premier ministre français. Le continent attire chaque année plus de 60 milliards de dollars d'investissements physiques pourtant, « l'Afrique est sous financée » constate Cédric Achille Mbeng Mezui de la Banque Africaine de Développement (BAD). Pour accompagner ses profondes restructurations économiques, l'Afrique est en quête d'investisseurs. Tourné vers l'international, le continent doit également « renforcer la base des investisseurs locaux », précise Edoh Kossi Amenounve, CEO de la BRVM, « structurer son marché d'épargne » ajoute Cathia Lawson Hall de la Société Générale ou encore « renforcer ses fonds d'investissements », explique Richard Arlove d'ABAX. AfricaFinLab a justement été créé pour accompagner la finance africaine. Le lab  s'intéresse à 3 piliers prioritaires. Premièrement,  le développement des marchés de capitaux avec la création d'un observatoire du financement des entreprises. Ensuite, la structuration d'un fonds d'investissement qui apporterait directement de la liquidité dans les bourses africaines et enfin, le développement des FinTech. Cette année, la blockchain est décryptée. « A ce jour, au niveau mondial, la blockchain publique ne fonctionne pas contrairement à la blockchain privée. Cela pose un certain nombre de questions liées à sa gouvernance, à son utilisation et surtout à sa fiabilité », explique M. Zine-Eddine. Pourtant, des expériences sont actuellement menées sur le continent, dont certaines touchent à l'activité économique réelle. C'est le cas de banques, qui utilisent la blockchain pour se garantir entre elles des opérations liées au commerce international. Enfin, des récents travaux ont permis l'élaboration d'un cadre juridique autorisant le crowdfunding en Afrique et AfricaFinLab travaille simultanément sur la formation professionnelle.

AfricaFinLab : Porte-parole des « champions africains »

Les rencontres Paris Europlace existent depuis près d'un quart de siècle mais l'Afrique n'est présente que depuis 2013. A l'occasion de l'édition 2017, 20 pays sont représentés, y compris le Nigéria anglophone. « On s'appuie sur Paris Europlace pour que le « sujet africain » prenne de l'ampleur en Europe », déclare Karim Zine-Eddine. Paris Europlace propose une vitrine avantageuse avec ses 2.200 invités attendus sur 2 jours au Pavillon d'Armenonville, parmi lesquels Jamie Dimon de JP Morgan Chase, Stuart Gulliver d'HSBC holding, Jean Lemierre de BNP Paribas, Ross McInness de Safran ou Séverin Cabannes de la Société Générale mais aussi plusieurs personnalités politiques dont Edouard Philippe, Lionel Zinsou, Ségolène Royal ou encore Nicolas Hulot. « Notre objectif est de montrer qu'il existe des « champions » africains mais aussi internationaux », explique M. Zine-Eddine qui poursuit : « La société HPS est dans le top 5 mondial de la monétique. L'entreprise ABAX spécialisée dans la gestion de fonds, se développe en Afrique tout en disposant d'une vision mondiale. Dans le paysage financier, il faut désormais compter avec l'Afrique ! » Selon lui, le principal frein à l'investissement repose encore sur une méconnaissance des financiers qui surévaluent le risque Afrique : « Le continent gagnerait à faire mieux connaître ses forces pour que l'évaluation des risques soit plus proches des réalités ». L'observatoire du financement des entreprises, devrait permettre d'apporter une meilleure information aux investisseurs internationaux. Aujourd'hui, Europlace projette l'organisation d'un forum de la finance africaine dans un pays d'Afrique anglophone. « Cet événement a montré qu'il y a un vrai sujet Afrique et que les investisseurs internationaux souhaitent y investir sans savoir comment », estime K. Zine-Eddine.

Le Mali, invité d'honneur

Tout juste arrivé du forum économique entre l'Afrique et les Etats-Unis Chicafrica  à Chicago, Konimba Sidibé, le ministre malien de la promotion de l'investissement et du secteur privé, a clos les débats du mardi 11 juillet, consacrés aux marchés des capitaux africains et à l'innovation de la finance digitale. « Le Mali est un pays qui sort d'une guerre compliquée. Il s'est doté de structures pour promouvoir l'investissement à l'international et il nous est apparu prioritaire de l'inviter à cette conférence internationale. C'est une première étape pour montrer que le pays possède des actifs et recherche des investisseurs », explique le directeur de recherche et des relations avec l'Afrique d'Europlace. L'appel est lancé. Cette journée est également l'occasion de faire connaître le forum Invest In Mali 2017 consacré à l'investissement, qui se tiendra les 7 et 8 décembre à Bamako. « On y sera avec une délégation d'acteurs de la finance française, voire européenne », affirme Karim Zine-Eddine. Europlace ne sera seule, on y attend notamment la Banque Mondiale (Investment  Climate 3 et le PACAM), la Banque Africaine de Développement (BAD) ou l'USAID.

Paris, prochaine place financière pour l'Afrique?

« C'est une perspective très intéressante et j'attends de voir comment Paris Europlace se greffe avec les autres places financières qui comptent pour l'Afrique qui sont Londres et Amsterdam, Maurice, Dubaï, Casablanca, Singapour », déclare Richard Arlove, le directeur général d'ABAX. Pourtant, après le tremblement qu'a provoqué le Brexit dans les milieux financiers, Paris ne part pas favorite pour « reprendre » la place de Londres : « Nous sommes à Singapour et à Londres et nous espérons être bientôt à Paris (...) Aujourd'hui, Paris observe les opportunités que Londres lui laisse...C'est la réalité mais Paris commence à réagir », constate le DG de la société mauricienne.

La France perd du terrain en Afrique et la bataille pour prétendre au titre de centre financier européen de référence pour l'Afrique reste hypothétique. Cependant, le constat est à relativiser : « En analysant les flux entrants et sortants, beaucoup de pays investissent plus que la France mais lorsqu'on regarde les stocks, la France demeure l'un des principaux investisseurs et maintient ses positions sur le continent », note Karim Zine-Eddine. La redistribution des cartes dans le secteur financier suite à la digitalisation de l'Afrique pousse la France à se réorganiser : « Paris Europlace veut justement remettre à jour son logiciel sur l'Afrique. Le digital transforme l'économie mondiale. Il faut donc gagner de nouvelles positions qui n'existaient pas il y a quelques années et les acteurs français et européens doivent aller chercher ses nouvelles opportunités en Afrique. », conclue t-il.

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Commentaires
a écrit le 15/07/2017 à 12:36 :
La blague je rêve ou on va financer leurs conneries ?...

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