Piraterie en Somalie : vers un retour du syndrome Tom Hanks ?

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(Crédits : Reuters)
Le mode opératoire des pirates est proche de celui retracé par le scénario de Paul Greengrass dans son célèbre film « Captain Philips », incarné à l’écran par l’acteur américain Tom Hanks. Mais, cette fois-ci la réalité a rattrapé la « fiction » cinématographique, le film étant inspiré de faits réels. Des hommes en armes ont abordé et détourné un navire cargo au large des côtes somaliennes. Cette attaque, première du genre depuis plus de cinq ans, fait craindre le retour de la piraterie dans la vaste région de la Corne de l’Afrique.

Cette fois-ci encore l'attaque-éclair a été menée à bord d'esquifs, ces petites embarcations gonflables qui fendent rapidement les vagues à l'assaut des gros navires qui croisent au large de la Corne de l'Afrique. La nuit s'apprêtait à tomber sur les eaux territoriales somaliennes lorsque retentit l'alarme du tanker Aris-13, un pétrolier battant pavillon comorien.

Le capitaine avait fait sonner les cloches pour signaler l'assaut d'hommes armés à bord de deux esquifs qui venaient d'aborder son navire, ses huit membres d'équipage sri-lankais pour s'emparer de sa cargaison de pétrole qu'il transportait entre le port de Djibouti et celui de Mogadiscio. Trop tard !

Après l'abordage, les assaillants ont vite fait de couper le signal de la balise pour rendre le navire indétectable sur les radars avant de faire route vers la côte. L'Aris-13 sera retrouvé immobilisé au port de pêche d'Alula, dans la région autonome du Puntland, les pirates volatilisés avec une partie du pétrole siphonné dans la cargaison.

L'attaque de l'Aris-13 vient jeter une ride sur les eaux de la région de la Corne de l'Afrique, redevenues calmes depuis 2012 -date de la dernière attaque d'envergure- après avoir été pendant plus d'un quart de siècle, le triangle des pirates. Cinq ans après la pacification de ses eaux avec la patrouille internationale de la force Alatante, faut-il craindre le retour du syndrome Tom Hanks, la hantise des navires qui croisent au large des côtes somaliennes ? Il est trop tôt pour le dire.

L'attaque, une marque des revendications de pêcheurs somaliens

Le phénomène de la piraterie maritime au large Corne de l'Afrique et dans le golfe d'Aden, vaste de plus de 2 millions de kilomètres carrés était essentiellement exacerbé par l'instabilité politique de la Somalie disloquée après la guerre civile. Aujourd'hui, le pays semble repartir avec l'élection, le mois dernier, de Mohamed Abdullahi Mohamed, le nouveau président. Ce dernier, en plus de restaurer l'autorité de l'Etat mis à mal par les terroristes Shebbab et de Daesh et les velléités des États du Somaliland et du Puntland, situés au nord et respectivement indépendant et autonome en plus de la déclaration d'autonomie de la région du Galmudug, plus au sud.

Face au spectre d'un regain de la piraterie, le nouveau président somalien ne devra pas seulement résorber le sous-équipement et le sous-entraînement de la marine de son pays. Il devra aussi prêter l'oreille à une autre cause sous-jacente du phénomène. Certains médias somaliens citent les auteurs de l'attaque comme des pêcheurs mis au chômage par « le pillage et la pollution » des eaux somaliennes par des navires étrangers.

L'argument est bien placé. Ces revendications idéologiques sont souvent récupérées par des mafias locales organisées en multinationales de pirates très lucratives. Des ritournelles plaintives à intégrer dans la stratégie de relance de la Somalie pour qu'elles ne fassent pas le lit à un retour de la piraterie maritime.

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