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Africa Convergence  : Retour sur une conférence à part (VIDEO)

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Le temps d'une journée, l'Afrique a été débattue, analysée et discutée sous toutes ses coutures, surtout les moins attendues. Spiritualité, culture, management, éducation ont été au cœur des échanges le 29 septembre dernier lors de l'événement annuel organisé par La Tribune Afrique, tout autant que l'économie, le financement ou encore la digitalisation. L'événement a fait le pari fou de faire cristalliser dans les débats, sans s'éparpiller, toutes les dimensions nécessaires au développement du continent. Un pari réussi sur lequel on revient en texte et en images.

Économie, finance, énergie, digitalisation, infrastructure... Mais aussi culture, spiritualité, philosophie, éducation et des parcours hors du commun... Africa Convergence, organisée par La Tribune Afrique le 29 septembre dernier, a été sans conteste un rendez-vous différent qui met au centre du débat une Afrique plurielle dont le développement ne peut être complet que s'il est appréhendé sous toutes ses dimensions. Voilà le message clé qu'Africa Convergence a véhiculé à travers ses 30 intervenants venus d'horizons différents. Entrepreneurs, philosophes, chefs d'orchestre, jeunes leaders, designers, politiques... discutaient ensemble l'avenir du continent dans un exercice inédit qui se faisait un point d'honneur à « mettre ensemble les travailleurs de l'utile, les opérateurs économiques, mais également les manufacturiers du beau », comme le résume si bien Abdelmalek Alaoui, CEO de La Tribune Afrique.

L'humain au cœur des débats

Dans tous les sujets évoqués, l'humain était au cœur des débats à commencer par l'intervention saisissante de Melissa Fleming, porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU. Les questions migratoires ne sont traitées que du prisme d'un lieu commun laissant penser et croire que les pays européens sont les plus touchés par ce phénomène bien tragique. Un « cliché » que Melissa Fleming n'a pas manqué de corriger. « Tandis que d'autres pays érigent des clôtures de frontière et arrêtent la compassion, les pays africains gardent leurs frontières et leurs cœurs ouverts aux réfugiés. Les histoires de réfugiés sont des tragédies, mais elles ne doivent pas finir de cette façon », a-t-elle déclaré si tentée de résumer une intervention fort émouvante. Un avis que partage Mo-Ibrahim, Guest star de la conférence Africa Convergence qui n'a pas manqué l'occasion de s'indigner de la une faillite morale de l'Europe face à ce sujet.

« Il est malhonnête de confondre réfugiés et immigrés. 500 Millions d'Européens riches crient recevoir un million de réfugiés alors que l'Afrique en reçoit plus de 20 millions, mais sans jamais se plaindre », lâche Mo Ibrahim, Président de la fondation éponyme.

Les frontières, qui sont d'abord mentales avant d'être projeté dans le monde à travers des barrières physiques, freinent le développement d'un continent qui évolue, qu'on le veuille ou non, dans une société de la mondialisation où les destins de tous les continents sont liés. Et c'est irréversible. Ces barrières plombent l'Afrique sans ses échanges intra-muros avant de la plomber une seconde fois dans ses relations avec le reste du monde. Comment l'Afrique peut-elle avancer quand le commerce intra-africain ne représente actuellement que 15 % du PIB continental contre 60 % en moyenne dans les autres régions du monde ? Quand un passeport occidental ouvre plus de portes qu'un passeport africain ? Quand le continent manque de financement et que chaque année des dizaines de milliards de dollars quittent le continent illicitement ?

Les voies de la croissance inclusive

Il va sans dire que les intervenants ont été unanimes, s'il est un point de départ vers la croissance inclusive ce serait incontestablement : une meilleure gouvernance en faveur d'une une intégration régionale plus poussée. Il faut que le panafricanisme prenne le dessous.

Et c'est possible, car même si l'Afrique est multidimensionnelle, plurilingue, cosmopolite, il n'est pas contradictoire de parler de l'Afrique au pluriel tout en construisant une « une forte nation africaine avec des identités diverses », jure Candace Nkoth Bisseck, l'un des jeunes espoirs du continent africain, classé N° 1 du top 30 des jeunes leaders africains par le Magazine Forbes, et lauréate de la Next Generation Women Leaders Award, un prix décerné par l'organisation américaine, McKinsey and company. Celle qui se donne corps et âme à la promotion de l'évolution des femmes africaines dans le monde des affaires à travers le réseau Black Roses Network, estime que « l'Afrique est un continent doté d'une très belle diversité. Et la diversité est une richesse. Il y a beaucoup plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous éloignent. Je pense qu'il faut que l'on constitue une masse critique pour pouvoir dire au monde qu'on est une voix qui compte ».

Un autre message des plus important et que partagent tous les intervenants, c'est qu'il y a une bataille d'image qu'il faut remporter à tous les niveaux. « Si la PME africaine veut attirer l'attention et donc le financement, le savoir-faire ne suffit pas, il faut le faire savoir », explique Candace Nkoth Bisseck. Ce n'est pas le philanthrope Mo Ibrahim qui dira le contraire. Le CEO de la Fondation Mo Ibrahim estime qu'il est temps que « chacun fabrique son histoire et la raconte ».

Le continent regorge de potentiel et de belles success-stories qui n'attendent qu'à être conté au reste du monde. Non l'Afrique n'est pas que le continent où les guerres, les pandémies et coups d'État se succèdent. L'Afrique est promise pour être le berceau de la troisième révolution digitale. Quand l'occident doit se défaire de l'héritage des systèmes anciens, l'Afrique part d'une base presque vierge pour inventer les termes numériques de demain. « Le continent devient l'avenir de l'économie digitale de demain parce que sa culture est justement virtuelle », rappelle Kabirou Mbodje, fondateur et CEO de Wari.

Toutes ces transformations nécessitent à la fois des moyens financiers et humains. Miguel Azevedo, patron de l'investment Banking en Afrique pour Citibank, assure que « l'argent est disponible pour celui qui saura en faire bon usage ». Soulevant la question de gouvernance, Miguel Azevedo estime que les gouvernements et entreprises africaines doivent mettre à niveau leurs standards de gouvernance pour prétendre à plus de moyens financiers. La question est plus complexe quand il s'agit de moyens humains. Les talents fuient le continent attiré par des conditions de vie meilleures sous d'autres cieux. Fort heureusement, cette triste réalité n'est pas absolue. Les mouvements se font dans les deux sens, et plusieurs hauts potentiels reviennent dans leurs pays d'origine pour contribuer à cette marche de développement. « Rien n'empêchera la révolution des jeunes et des femmes », déclare Amadou Diaw, président du groupe Institut Supérieur du Management affirment qu'ils « feront l'Afrique dont on rêve ».

Une clôture entre Jazz et Philharmonie

Pour clore cette conférence riche en échanges, plusieurs parcours hors du commun ont été mis en lumière. « Une conversation exceptionnelle qui part et arrive aux émotions », donnant la parole au Maestro Armand Diangienda, qui après la perte de son emploi de pilote et le décès de son père, il décide de changer de vocation et de créer un orchestre. « Composé que de douze musiciens amateurs qui se partageaient les instruments, et  qui rentraient tous au pays » après les tournées qui les menaient à d'autres pays, se rappelle Armand Diangienda, l'orchestre compte aujourd'hui plus de 200 musiciens et choristes. Les 300 participants à cet événement panafricain ont également eu le plaisir de découvrir le parcours atypique de la Nigériane Tara Durotoye. Avocate de formation, elle décide de laisser de côté son héritage de juriste pour se lancer dans le secteur des cosmétiques en créant House of Tara.

Aux côtés de ces deux parcours exceptionnels, la fondatrice du festival Gnawa, Neïla Tazi et l'auteur du best-seller « Les nouveaux penseurs de l'Islam », Rachid Benzine, ont partagé leur définition de la spiritualité et comment la recherche de l'harmonie à travers la convergence peut être une voie de développement. Le tableau a été clôturé par une conversation intime avec Moulay Hafid Elalamy, ministre de son état et patron d'un conglomérat panafricain. Mais ce dernier a laissé ces deux costumes de côté pour parler de lui à la première personne, en tant qu'être humain. Orphelin dès l'âge de 10 ans, Moulay Hafid Elalamy confie à une assistance tout ouïe, que « cela fait quelque chose a un jeune enfant. On passe notre vie vouloir démontrer à notre père les valeurs qu'il aurait voulu voir en nous. C'est un vrai moteur pour moi qui m'a permis de surmonter des moments complexes ». Et d'ajouter, « des matins, il m'arrive de me demander si je suis à la hauteur de la mission qui m'est confiée ».

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