Afrique du Sud : un plan de relance à faire pâlir le FMI !

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La nouvelle orientation de la stratégie économique de l'Afrique du Sud vient d'être dévoilée, ce jeudi 13 juillet, par le ministre des Finances, Malusi Gigaba.
La nouvelle orientation de la stratégie économique de l'Afrique du Sud vient d'être dévoilée, ce jeudi 13 juillet, par le ministre des Finances, Malusi Gigaba. (Crédits : Reuters)
Le ministre sud-africain des Finances a enfin présenté ce jeudi 13 juillet, le plan de relance de l'Exécutif pour tourner la page de la récession qui mine l'économie du pays. «Le président surveillera et coordonnera la mise en œuvre [des réformes] pour s'assurer que les délais sont respectés», lance-t-il à destination des acteurs économiques nationaux et des investisseurs étrangers. Une série de mesures ambitieuses et spécifiques, avec comme ligne directrice : plus de libéralisme et l'allègement du fardeau des finances publiques. Pourtant, le FMI n'y est pour rien...

Après avoir mis un genou à terre, l'économie sud-africaine cherche la voie de sa reprise. Pour tourner le dos à la récession, l'Exécutif, après avoir pris tout son temps, semble opter pour la piste de la privatisation et la rationalisation des dépenses publiques. La nouvelle orientation de la stratégie économique du pays vient d'être dévoilée, ce jeudi 13 juillet, par le ministre des Finances, Malusi Gigaba. Ce dernier a en effet présenté le plan de relance de son gouvernement, avec comme éléments prégnants, un vaste programme de privatisation et le désengagement de l'Etat des activités «non stratégiques».

Mais avant de revenir à cette nouvelle donne centrale, notons d'abord la volonté du gouvernement sud-africain de donner un signal fort sur la prise en main effective des opérations, après avoir essuyé une série de critiques sur la lenteur de sa réaction à la crise économique, illustrée par la dégradation de la note souveraine du pays par les agences internationales.

«Le président s'est réuni avec plusieurs ministres le 28 juin 2017. Lors de la réunion, il a souligné l'urgence d'une réponse coordonnée et, à cette fin, un accord a été atteint sur les délais de mise en œuvre des réformes structurelles clés à un plan en neuf points. Ceux-ci permettront le retour de la confiance des entreprises et des consommateurs, jetant ainsi les bases d'une reprise économique. Ces interventions sont le début d'un programme de réponses qui sera déroulé dans la déclaration de politique budgétaire à moyen terme et le budget de 2018», a annoncé Malusi Gigaba, tenant ainsi à démontrer qu'il s'agit là d'actions concrètes.

Et pour renforcer encore plus le signal en direction des acteurs économiques nationaux et étrangers, une réplique, aussi courte que lourde de sens, vient ponctuer l'annonce du ministre des Finances : «Le président surveillera et coordonnera la mise en œuvre [des réformes] pour s'assurer que les délais sont respectés».

Dans le plan stratégique présenté, ces délais s'étendent entre juillet 2017 -c'est-à-dire quasiment dans l'immédiat- et décembre 2019. Voilà pour ce qui est de la forme du message.

South African Airlines, la Poste et Eskom en première ligne

Sur le fonds, le ministre a dévoilé une série de mesures ambitieuses et spécifiques, avec comme ligne directrice l'orientation vers plus de libéralisme économique, une politique fiscale «sociale», et un désengagement de l'Etat de ses activités dans le business, dites «non-stratégiques». Des «audits détaillés» seront ainsi menés pour évaluer les différentes participations de l'Etat dans des entreprises privées, ainsi que sur les entreprises publiques contrôlées par l'Etat. Les conclusions de ces audits devront être rendues en mars 2018, selon le planning défini par le gouvernement.

Mais d'ores et déjà, trois gros morceaux sont entourés d'une attention particulière par l'Exécutif : la compagnie aérienne nationale South African Airways (SAA) et la Poste devront être recapitalisées en août 2017, alors qu'Eskom, l'entreprise publique de production et de distribution électriques, elle sera entourée d'une attention particulière pour dépasser sa «situation» difficile, en attendant un «ajustement des tarifs» qui sera opéré en 2018. Pour SAA qui s'enlise dans les difficultés, le ministre des Finances a annoncé la nomination pendant le mois en cours du CEO qui mènera le plan de restructuration de la compagnie nationale sur une durée de 5 ans, à compter de décembre 2019. En attendant le nom du super-manager qui prendra en charge les opérations, la première étape est déjà couchée noir sur blanc dans ce plan de relance : la renégociation de la dette de la compagnie avec ses bailleurs de fonds sera lancée dès octobre 2017, et menée directement par le département de Malusi Gigaba.

Régulation financière : l'Afrique du Sud passe au modèle des «Twin Peaks»

Dans un autre registre, le plan de relance du gouvernement sud-africain annonce l'introduction du modèle des «Twin Peaks» afin de réduire les coûts bancaires. Ce modèle, dit «bipolaire», repose sur le principe selon lequel le contrôle micro-prudentiel et systémique ainsi que le contrôle macro-prudentiel sont confiés à la banque centrale, alors que la supervision du respect des règles de conduite, que doivent suivre les agents financiers pour assurer un traitement loyal et équitable de leurs clients, est confiée à l'Autorité des services et marchés financiers. Le statut de la South African Reserve Bank sera donc bel et bien réformé.

Le gouvernement compte également négocier un «accord durable» sur les salaires et les revenus, et organiser, en décembre 2017, un Sommet rassemblant le secteur financier pour quantifier les objectifs de la réforme sociale, notamment à destination des ménages à faibles revenus. L'Etat entend également «réduire l'octroi de ses garanties», particulièrement pour le financement de besoins opérationnels, en plus d'une série de mesures visant à alléger le fardeau porté par les finances publiques. En somme, une sorte de Plan d'ajustement structurel, un «PAS fait maison» qui, il faut le dire, est devenu inévitable pour une économie sud-africaine titubante.

L'ANC, le parti au pouvoir, espère ainsi redorer le terne bilan du président Jacob Zuma, marqué par une série les scandales financiers impliquant les plus hauts responsables de l'Etat et miné par les luttes intestines au sein du parti, sans parler d'une grogne sociale incriminant directement sa responsabilité. Il faut dire que le calendrier défini pour les réformes en dit long sur l'horizon ciblé par les auteurs du plan : l'essentiel de l'échéancier est réservé pour l'année 2018, et la dernière mesure devra être lancée en 2019... année annoncée du prochain scrutin présidentiel.

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