Cameroun : le plan d'urgence anti-braconnage à court de moyens

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(Crédits : © Thomas Mukoya / Reuters)
Les éléphants sont la proie d'un braconnage massif qui menace leur existence. Contre ce phénomène, le Cameroun, principal concerné, a développé des mécanismes sécuritaires et réglementaires pour face face problème. Cependant, son plan d'urgence adopté en 2012 et dont l'échéance se terminera l'année prochaine manque des fonds nécessaires pour son application. Décryptage.

Malgré les efforts du gouvernement camerounais, le braconnage continue de faire ses ravages. A la suite du massacre de centaines d'éléphants dans le parc national de Bouba Ndjidda, dans le nord du Cameroun en 2012, le gouvernement camerounais a adopté un plan d'urgence d'un montant de 126 milliards de Francs CFA (environ 252 euros) pour renforcer la sécurité dans ses aires protégées, mais les fonds nécessaires font défaut. Le plan d'urgence prévoyait d'améliorer la logistique des éco-gardes dans la centaine d'aires protégées qui se répartissent sur le territoire camerounais, dont le parc national de Bouba Ndjidda, théâtre du massacre d'environ 400 éléphants en 2012 selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), un bilan contesté par les autorités camerounaises qui avancent le chiffre de "plus d'une centaine". 
La durée initiale du programme était de cinq ans, soit jusqu'en fin 2017. A un an de cette échéance, une bonne partie de projets envisagés attend encore d'être réalisée, à cause d'une faible mobilisation des fonds recherchés, selon les sources de l'agence Xinhua au sein du ministère des Forêts et de la Faune. 
L'enjeu est crucial au regard des menaces qui continuent de peser sur le patrimoine animalier camerounais, notamment "le braconnage qui, de plus en plus, prend d'autres allures que nous ne connaissions pas avant", a déploré le directeur de la Faune et des Aires protégées du ministère des Forêts et de la Faune, Joseph Lekealem, dans une déclaration à l'agence chinoise. 
"Aujourd'hui, à certains endroits les gens font le braconnage même avec les armes de guerre. Ce qui est une menace sérieuse, non seulement pour la biodiversité, mais aussi pour les personnes et leurs biens", a précisé le responsable ministériel.
Hormis les petites activités de moindre ampleur de chasseurs villageois, c'est surtout le braconnage transfrontalier qui préoccupe, opéré par des réseaux de criminels organisés et qui attaquent des troupeaux d'éléphants en l'occurrence à l'arme lourde.

Des attaques avec des armes de guerre...

Pour l'attaque de Bouba Ndjidda, "il avait été établi que ces braconniers lourdement armés venaient de la zone du Soudan où ils ont traversé toutes les frontières jusqu'à arriver au Cameroun", a affirmé Lekealem. "Vous connaissez maintenant le problème de trafic de l'ivoire dans le monde, dans les marchés asiatiques. Ça fait qu'il y a une forte pression sur ce grand mammifère, qui est sérieusement menacé. Il y a aussi des migrants qui sont en train d'ouvrir de nouveaux fronts agricoles et provoquent une augmentation de la population. Bref, il y a une compétition pour l'espace", a-t-il expliqué. A noter aussi "l'envahissement par des bergers transhumants dont la plupart viennent aussi des pays étrangers". 
Depuis deux décennies, le Cameroun s'est doté d'une stratégie de contrôle et de lutte contre le braconnage, illustrée par le vote par l'Assemblée nationale (Parlement) en 1994 d'une loi portant régime des forêts, de la faune et de la pêche. 
Au plan opérationnel, une brigade nationale de contrôle est mise en place pour réprimer l'exploitation illégale des ressources forestières et fauniques. Selon le directeur de la Faune et des Aires protégées, "avec l'appui des partenaires et des ressources propres de l'Etat, nous avons pu acquérir quelques véhicules tout-terrain qui ont été déployés dans les trois aires protégées du Nord, c'est-à-dire Bouba Ndjida, le parc national de Bénoué, le parc national du Faro. Nous avons également acquis deux avions ultralégers motorisés pour la surveillance aérienne".

Sur ces trois sites notamment, qui appartiennent à une partie du territoire camerounais en proie aux attaques terroristes de la secte islamiste nigériane Boko Haram, des unités de l'armée spécialisées dans la lutte contre la grande criminalité comme le Bataillon d'intervention rapide (BIR) ont été appelées en renfort pour renforcer la sécurité. 
Le même dispositif sécuritaire a été mis en place pour contrer les incursions de groupes armés centrafricains dans le Sud-Est du pays, où les aires protégées subissent également la pression due aux attaques armées de braconniers transfrontaliers, qui profitent de la porosité des frontières. 
A eux seuls, les éco-gardes, qui sont des personnels spécialisés du ministère des Forêts et de la Faune, ne sont pas en mesure d'assurer cette mission capitale à cause de leurs effectifs fortement limités.

Avec le soutien de partenaires au développement, le Cameroun a conclu avec des pays voisins, comme le Tchad, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, des accords de partenariat pour la gestion transfrontalière de ces espaces.

"Nous avons un certain nombre d'aires protégées de part et d'autre de ces pays-là et nous pensons que les gouvernements des pays doivent fédérer leurs efforts pour permettre une meilleure gestion et contrôler le flux des animaux et limiter les dégâts en assurant la sécurité de ces animaux-là", a justifié Joseph Lekealem.

La solution : le développement local


Pour les pouvoirs publics camerounais, c'est surtout le développement local qui est en jeu. Ainsi, des projets sont réalisés pour permettre d'améliorer les conditions de vie des populations riveraines des aires protégées, à travers l'octroi d'allocations pour le financement d'activités génératrices de revenus.    D'après le directeur de la Faune et des Aires protégées, "nous pensons également qu'au-delà des activités génératrices de revenus nous devons développer de l'écotourisme, qui permet aux populations vraiment de s'intégrer. Le rôle des communautés est très important dans la conservation" et la préservation de ce patrimoine naturel. 
Par exemple, un projet d'habituation des gorilles a été développé dans le parc national de Campo-Man (Sud), "un parc très stratégique qui est à la croisée des chemins des grands projets structurants, le port en eau profonde de Kribi, le barrage de Memve'ele", assure l'ingénieur en chef des eaux et forêts. 
"Au vu de la pression qu'il y a sur les éléphants, nous ne pouvons pas dire que la population est en hausse", a-t-il observé. 
La décision de la Chine et des Etats-Unis d'interdire le commerce de l'ivoire sur leurs sols est saluée comme "des mesures salutaires, parce que notre plaidoyer a toujours été que si les marchés que ce trafic illégal alimente n'existaient pas, on n'aurait pas cette grande pression sur ces mammifères", a-t-il relevé

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