Afrique du Sud : face aux députés, Gigaba avoue les quatre vérités sur la situation économique du pays

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Malusi Gigaba, ministre des Finances dans l'Administration Zuma.
Malusi Gigaba, ministre des Finances dans l'Administration Zuma. (Crédits : Reuters)
Déficit, inflation de la dette, croissance au ralenti, fuite des investisseurs,... C’est en substance ce qu’a annoncé le ministre des Finances Malusi Gigaba, face aux parlementaires sud-africains lors de la traditionnelle présentation de mi-mandat. Avec ce constat déjà inquiétant, Pretoria s’efforcera coûte que coûte d'éloigner la menace d’une dégradation de sa notation, ce qui pourrait entraîner une fuite de capitaux.

Le ministre des Finances sud-africain, Malusi Gigaba, vient de passer son grand oral de mi-mandat ce 25 octobre. Une occasion pour revenir sur l'état de l'endettement et des déficits budgétaires de l'Etat. Et cette fois-ci, l'exercice était plutôt difficile pour Gigaba, puisqu'il a brossé un portrait négatif de l'économie sud-africaine où la croissance et les recettes sont en deçà des projections du département des Finances, avancées en février dernier.

Handicap en termes de prise de décision

En plus du risque de voir sa cote de crédits dégradée au cours des trois prochaines années, Pretoria devra faire face à une lutte souterraine pour le contrôle de l'ANC, limitant au passage la prise de décisions à caractère économique. Cette situation a poussé Gigaba à avertir d'une possible augmentation des impôts et à une réduction des dépenses publiques, alors que le rand est tombé à son niveau le plus bas cette année.

«Il n'est pas dans l'intérêt public, ni dans l'intérêt du gouvernement de mettre en péril l'état de notre économie et les défis auxquels nous sommes confrontés. Améliorer nos perspectives de croissance économique au cours de la période à venir reste notre plus grand défi», a précisé Malusi Gigaba aux parlementaires. La détérioration de la dette amplifie le risque d'une nouvelle dégradation de sa notation en devise locale par S&P Global Ratings et Moody's Investors Service, ce qui entraînerait une sortie massive des capitaux.

Épée de Damoclès

Pour rappel, S&P et Fitch Rating ont déjà revu à la baisse l'évaluation des devises étrangères en avril dernier. Une décision justifiée par les inquiétudes des agences sur l'incertitude politique et la morosité de la croissance et qui a été précipitée par le limogeage de Pravin Gordhan, alors ministère des Finances. L'hypothèse d'une nouvelle dégradation est aujourd'hui l'épouvantail qui inquiète le plus les décideurs politiques et qui pourrait se concrétiser avant la fin de l'année.

Dans une démarche d'anticipation et juste après ce grand oral du ministre Gigaba, son département a vite fait de reprendre contact avec les agences de notation afin d'organiser des réunions qui devraient démarrer dès la semaine prochaine, selon le département du Trésor. L'ordre du jour de ces rencontres reviendrait à «éviter, l'inévitable», à savoir une dégradation de la notation, vu «l'état catastrophique» des prévisions budgétaires.

En attendant, le rand a accusé une baisse de valeur de 2,5% par rapport au dollar, soit un peu plus de 14 rands pour un dollar. Le rendement des obligations d'Etat de référence, dont l'échéance est fixée au mois de décembre 2026, a enregistré une hausse de 31 points de base atteignant 9,16%. Parallèlement, les efforts visant à remettre sur les rails l'économie sud-africaine sont paralysés par les tiraillements entre dirigeants de l'ANC pour la succession de Jacob Zuma.

Les polémiques entourant le président et son entourage, notamment celles sur les liens entre les clans Zuma et Gupta et l'incidence sur les importants marchés publics accordés à ces derniers ont fini par refroidir la confiance des investisseurs, malgré les dénégations des intéressés et l'échec des 9 motions de censure ayant visé Zuma. Résultat des comptes, le Trésor table sur une croissance au ralenti de près de 0,7% en 2017, contre 1,3% inscrit dans le budget de février dernier.

Tous les indicateurs au rouge

Pretoria a également réduit ses prévisions de croissance pour les trois années à venir. Côté recettes fiscales, le Trésor prévoit une chute en dessous des prévisions initiales pour l'exercice en cours, pour s'établir à 3,7 milliards de dollars (50,8 milliards de rands). La faiblesse des revenus devrait aggraver le déficit budgétaire, creusant l'écart à 4,3% du PIB pour l'exercice en cours, contre les 3,1% prévus en février dernier.

Un déficit qui devrait se stabiliser autour de 3,9% lors des trois années à venir, ce qui contredit la promesse de Gigaba de réduire progressivement le déficit, annoncée lors de son entrée en fonction. D'ailleurs, un maintien de cette situation pourrait faire passer la dette publique brute à près de 60% du PIB d'ici 2021. Un scénario catastrophe que le gouvernement pourrait éviter en vendant une partir de sa participation dans l'opérateur historique Telkom, ce qui devrait combler le déficit budgétaire et éviter une violation de son plafond de dépenses.

En attendant, la présidence a mis en place une équipe chargée de trouver les moyens de stabiliser la dette, réduire le déficit, stimuler la croissance ou encore renforcer la confiance des investissements au cours des années à venir. Les conclusions de ce groupe de travail seront présentées sous forme d'une étude qui devra également identifier les actifs publics à vendre et spécifier les mesures pour réduire la dépendance des sociétés d'Etat vis-à-vis des garanties de la dette publique.

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Commentaires
a écrit le 28/10/2017 à 12:32 :
avec le départ des multinationales (hors charbon, fer et diamants)il ne reste plus aucun tissu industriel en sudaf.
pire en 10ans les flux migratoires (+3millions d'africains des pays limitrophes / -300 000 blancs afrikaners, sans parler de la diapora chino-vietnamienne qui part aussi, et des malabars ou tamuls qui rentrent au pays)
bref, tout les forces vives et productives fuient le pays. d'ici 2025, l'afrique du sud sera 100% black, alors on verra se réaliser ce qu'est devenue Haiti... un pays déchiré, tribaliste, ronger par le sida, sombrant dans la misère et sous perfusion du FMI, si d'ici là ce zinzin onusien existerai encore.

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