Croissance : l'ONU annonce une reprise nuancée en 2017

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(Crédits : DR)
L'économie africaine aura sa reprise, mais celle-ci ne sera pas suffisamment rapide. Le rapport des Nations Unies « Situation et perspectives de l'économie mondiale » pour l'année 2017 dresse le portrait d'une croissance africaine toujours dépendante des matières premières. Détails.

La reprise arrive, mais « modérément » ! Si l'économe mondiale, qui n'a progressé que de 2,2%, soit le taux de croissance le plus bas depuis la crise de 2009, va continuer de ramper à un rythme de 2,7 % en 2017 et de 2,9 % en 2018, l'Afrique, elle, reprendra son souffle. D'après le rapport des Nations Unies « Situation et perspectives de l'économie mondiale » pour l'année 2017 qui vient d'être publié aujourd'hui, l'Afrique devrait connaître un redressement de la croissance économique, avec une augmentation du PIB de 3,2% en 2017 et de 3,8% en 2018, contre 1,7% en 2016. Cette embellie ne proviendra que de façon plutôt limitée du retour à l'équilibre des prix de matières premières, laissant ainsi dans la tourmente les économies fortement dépendantes de leurs sous-sols. Par contre, ce qui va pousser la croissance dans le contient ce sont surtout l'expansion rapide des marchés intérieurs et les dépenses importantes en infrastructures dans certains pays.

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En attendant une hausse « efficace » des prix des matières premières

 Il est vrai que les pays exportateurs de matières premières bénéficieront de la hausse prévue des prix mondiaux. Mais étant donné que les cours des produits de base devraient rester bien en deçà des niveaux d'avant 2014, un fort rebond de la croissance dans les pays fortement dépendants des produits de base, dont l'Algérie, l'Angola et le Nigéria, semble peu probable. Ainsi, pour les économies exportatrices de matières premières, l'affaiblissement des monnaies nationales a contribué à l'inflation importée. Les effets néfastes des conditions de sécheresse et la hausse des tarifs d'électricité ont ajouté une nouvelle pression à la hausse sur l'inflation. En Angola, au Mozambique et au Nigeria, l'inflation a atteint des nouveaux records. Ces pressions devraient persister dans ces économies, du coup, les politiques monétaires resteront probablement restrictives. Conséquence : les taux de rendement des investisseurs internationaux vont diminuer. Ce qui expise les pays africains à un retrait du capital, car les investisseurs vont, naturellement, chercher des taux de rendement plus élevés ailleurs.

 L'Afrique de l'Est, championne de la croissance

Mais au-delà des tendances globales, le rythme de la croissance restera nettement contrasté pour chaque région. Pour certaines économies de l'Ouest et de l'Est du continent, les perspectives de croissance sont plus favorables que pour le reste du continent. La championne de la croissance pour les prochaines années sera, selon l'ONU, la région de l'Afrique de l'Est. Son PIB devrait augmenter d'environ 6 % en 2017 et 2018. Ces économies seront surtout tiré grâce à l'expansion des marchés intérieurs mais aussi à l'effort public concentré sur le développement des infrastructures. L'Afrique de l'Ouest, quant à elle, devrait connaître un rebond de la croissance, passant de 0,1% en 2016 à 3,1% en 2017. La Côte d'Ivoire, le Ghana et le Sénégal, soutenus par de grands investissements publics et privés et par un climat d'affaires domestique amélioré, auront le vent en poupe.

 En Afrique du nord, l'instabilité continue de peser...

Parallèlement, la croissance en Afrique du Nord devrait s'accélérer, passant de 2,6% en 2016 à 3,5% en 2017, sous réserve d'une amélioration progressive de la situation sécuritaire. Mais là aussi, les cas diffèrent. Compte tenu de sa forte dépendance vis-à-vis des recettes pétrolières, la croissance de l'Algérie a ralenti en 2016. La croissance algérienne devrait demeurer modérée en 2017, les réductions prévues des dépenses publiques compensant la hausse des prix du pétrole. Dans d'autres pays dépendant quant à eux du tourisme, les menaces sécuritaires et les troubles sociaux ont pesé sur les intentions des investisseurs et ont nui à l'industrie touristique, en particulier en Egypte et en Tunisie. Dans le pays d'Abdelfattah Assissi, la forte baisse des recettes touristiques a contribué à une grave pénurie de devises étrangères. En guise de riposte, la Banque centrale d'Egypte a dévalué la livre égyptienne de plus de 30 % contre le dollar américain. En Libye, les défis politiques et sécuritaires continuent d'inquiéter mêmes les pays voisins.

Afrique Australe, les investisseurs en fuite ?

Les perspectives de croissance pour l'Afrique australe restent relativement modérées. L'activité devrait s'améliorer modestement, avec une augmentation du PIB de 1,8% en 2017 et de 2,6% en 2018. Le leader économique régional, l'Afrique du Sud, aurait pu pleinement bénéficier de la reprise, même modérée, des secteurs agricole et minier. Mais l'incertitude politique, conjuguée au retour de la volatilité des marchés financiers, peut peser sur les décisions des investisseurs. L'Afrique centrale, quant à elle, aura un rythme plus soutenu. Sa croissance devrait passer de 2,4% en 2016 à 3,4% en 2017. Là aussi, la tendance sera principalement portée par la hausse des prix du pétrole favorisant les recettes d'exportation et la croissance, en particulier au Congo, en Guinée équatoriale et au Gabon. Cependant, l'agitation politique intérieure continue de freiner l'activité économique en République centrafricaine et au Gabon.

L'énième appel onusien pour diversifier les économies

 Ainsi, même avec les changements des taux de croissance de l'Afrique, les maux restent les mêmes.  L'Afrique reste fortement fragilisée face à la volatilité des prix des matières premières. Étant donné que les cours ne devraient augmenter que modérément, le rapport onusien souligne la nécessité pour les économies africaines de renforcer davantage les mesures politiques visant à remédier aux faiblesses structurelles internes.

Autrement dit, il faudra, au plus vite, activer et accélérer les plans de diversification économique, mais aussi accroître la marge de manœuvre macroéconomique et promouvoir une plus forte création d'emplois. Le document appelle également à une approche politique plus équilibrée, non seulement pour restaurer une croissance robuste à moyen terme, mais aussi pour réaliser des progrès plus importants en matière de développement durable.

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