Amadou Diaw : « les politiciens sont là pour nous servir et non pas pour se servir »

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(Crédits : Jean Marie Heidinger)
Après avoir investi 25 années de sa vie dans la formation des jeunes à l’Institut Supérieur de Management (ISM) qu’il a fondé à Dakar (Sénégal) en 1992, Amadou Diaw poursuit son rêve pour le continent, celui de voir émerger des leaders qui permettront à l’Afrique d’émerger et ce, dans tous les sens du terme. Dans un entretien avec La Tribune Afrique, il revient sur le parcours de l’ISM et donne son avis sur ce que doit être le leader africain de demain et comment y parvenir. Interview.

La Tribune Afrique : Pourquoi avez-vous choisi d'investir dans l'Homme, au travers de votre école, l'ISM ?

Amadou Diaw : Pour partager. Le partage, pour moi, est incontournable dans la vie. Un être humain qui ne crée pas, n'innove pas, ne partage pas, pousse à se demander pourquoi il est sur terre. Il nous faut créer tout le temps et partager ce qu'on a créé, sinon nos vies n'ont pas de sens. C'est mon avis, il faut faire passer ce message à la jeunesse.

Vous célébrez cette année les 25 ans de l'ISM. Que retenez-vous de ce parcours ?

Que de beaux moments ! Ça n'a pas été facile, c'est sûr. Il n'y a pas eu une journée facile, mais toutes les journées ont été merveilleuses. Je dis bien toutes les journées, que ce soit dans le regard des jeunes, la satisfaction des familles, les félicitations reçues des employeurs ou les anciens élèves, arrivés si jeunes, hésitants et frêles, que l'on revoit des années plus tard... devenus des personnes qui comptent dans leur domaine, cela fait plaisir.

Les moments forts ?

Quand je dis que toutes les journées ont été merveilleuses, c'est sûr qu'il y a eu des moments forts. Il y'en a eu tellement qu'on peut se perdre. Je retiens surtout les rencontres. J'ai rencontré des jeunes qui avaient 18, 20, 21 ans, mais qui pour moi étaient des étoiles de l'humanité.

L'ISM est partenaire de plusieurs programmes de formation au leadership, tels que le LeAD Campus co-piloté avec Sciences Po. Comme voyez-vous le leader africain de demain ?

Nous avons en effet cet honneur. Sciences Po en partenariat avec l'ISM et l'UCD Capetown pilotent ce projet. Dès le moment où nous avons été saisis, nous avons accepté de faire partie de l'aventure, parce que cela correspond à notre projet pour le continent.

Le leader africain de demain, je l'appelle « l'A.L.T.E.R. leader ». A pour audace, L pour loyauté vis-à-vis de soi-même, de son peuple, du continent africain. Il faut être loyal. Un ministre de la Santé ne peut pas se faire soigner en Europe, s'il est ministre de la santé en Afrique. Un ministre africain de l'Education ne peut pas envoyer ses étudiants en Europe. C'est ce que j'appelle la loyauté. Le T pour technologie, car on ne peut s'en passer. De nos jours, la technologie est omniprésente dans tous les domaines. Le E pour éthique. Pour moi, l'éthique doit être enseignée dès la maternelle, dans les petites classes. Le R, je le mets en joker : responsabilité, respect, rigueur, on a besoin de cela sur le continent. C'est donc tout cela qui donne l'A.L.T.E.R. leader.

C'est dire la place de la formation...

Bien évidemment et c'est à nous de les former. Ils ne sortent pas du néant. Les gens ont quelque chose, d'innée quelque part, c'est ce que j'appelle la flamme qu'il faut aller chercher en chacun, c'est le rôle des écoles. Aux Etats-Unis, tous les chefs d'Etat viennent de Harvard. C'est la même chose sur le continent africain, il faut qu'ils viennent tous de l'ISM.

Qu'est-ce qui manque encore à la formation en Afrique selon vous ?

Il faut que la formation africaine se détache un peu plus des modèles existants pour se recréer. Et qu'on crée une formation qui appartiennent au continent parce qu'encrée dans nos valeurs et ouverte au monde. Et c'est à nous de faire cela. Nous sommes dans un contexte de mondialisation me dira-t-on. Mais dans ce contexte de mondialisation, les institutions africaines, les programmes africains ont un rôle important à jouer. Parce que nous sommes tous conscient qu'il y a un problème dans la relation à l'homme dans les formations à travers le monde. Et l'Afrique a cette forte relation à l'homme, la place de l'homme est importante dans la culture africaine. C'est ce que nous devons apporter au programme dans le cadre de la mondialisation. Avant même qu'on ne parle de mondialisation, le président Senghor [Léopold Sédar Senghor, président de la République du Sénégal de 1960 à 1980, ndlr] l'a appelé le rendez-vous du donner et du recevoir. Pour ce grand rendez-vous, l'Europe, l'Occident a déjà beaucoup apporté, l'Afrique doit à présent venir en force apporter sa touche.

Senghor, que nous avons tous combattu, ceux de ma génération en tout cas, quand on était plus jeunes, l'avait compris avant tout le monde. La mondialisation, c'est le rendez-vous du donner et du recevoir. Et l'Afrique doit être là. Il ne faut pas qu'on se leurre, tout le monde a besoin de l'Afrique.

Avec toutes vos réalisations, vous êtes devenus une personnalité de poids au Sénégal. Devrait-on s'attendre à voir Amadou Diaw en politique ?

Je ne fais pas de politique et j'essaie de démontrer qu'il est possible de faire tourner le monde sans les politiques. Les politiques ont leur place, faudrait pas qu'ils n'en aient pas trop.

Pendant mes années d'étudiant, je me suis vraiment impliqué en politique. Tout étudiant de ma génération qui ne militait pas, n'en était pas un. Avec d'autres amis nous avons par exemple créé en 1982-1983, le groupement anti-apartheid en France. Nous avions 21 à 22 ans. Mandela était en prison et nous nous battions pour sa libération. J'ai eu la chance d'aller en Afrique du Sud après sa libération voir ce que ce pays était, puisque j'en avais beaucoup entendu parler.

Il est clair que les politiciens sont utiles, mais il faut savoir quelle place leur accorder. Ils sont là pour nous accompagner, pour nous servir et non pas pour se servir. Et apparemment pas seulement sur le continent, mais dans le monde, les politiciens oublient cela.

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