I&P Conseil : le « Lab » de l'entrepreunariat africain

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Les entrepreneurs d'I&P, réunis lors d'une rencontre annuelle, le 27 novembre 2014 à Paris.
Les entrepreneurs d'I&P, réunis lors d'une rencontre annuelle, le 27 novembre 2014 à Paris. (Crédits : I&P)
Vendredi 7 juillet, Jean-Michel Severino d'Investisseurs & Partenaires (I&P) a annoncé le lancement d'une nouvelle activité de conseil, d'étude et de formation. En s'appuyant sur ses 15 années d'expertise dans le financement et l'accompagnement des entrepreneurs, I&P affine sa stratégie adaptée aux PME africaines. Que recouvre cette nouvelle offre et quels en sont les objectifs ?

I&P s'est fixé des objectifs ambitieux : accompagner 600 projets et créer 20 000 emplois directs en Afrique dans les dix ans à venir. Pour se faire, le «Lab de l'entrepreneuriat africain» entend s'appuyer sur l'investissement d'impact qu'il développe déjà depuis plusieurs années. Ciblant d'une part les investissements générant des impacts sociaux et/ou environnementaux et d'autre part le rendement financier, il apparaît aujourd'hui comme une solution alternative adaptée au contexte africain, tout en respectant les Objectifs de développement durable (ODD), désormais inscrits dans l'agenda des entrepreneurs.

Ce secteur a bouleversé les frontières entre la philanthropie et l'investissement à but lucratif depuis 2009 et représente à ce jour 114 milliards d'actifs financiers avec une perspective de croissance de 17% pour 2017,  selon une étude de GIIN (Global impact investing network), Annual impact investor survey.

En cherchant à maximiser les impacts économiques, sociaux et environnementaux, mais aussi à améliorer les modes de gouvernance des PME partenaires, I&P a permis la croissance moyenne de 24% du C.A des entreprises référencées dans son portefeuille depuis 2013. Quelque 3 000 emplois ont été créés au sein d'une soixantaine d'entreprises et 6 millions d'euros de taxes ont été générés sur l'année 2014.

Parallèlement, ce type d'investissement a eu des retombées protéiformes et inattendues comme l'explique Jean-Michel Severino : «En accompagnant les travailleurs dans le secteur formel, nous nous sommes aperçus que notre impact dépassait largement le cadre de l'emploi. Les employés souvent peu formés ne gagnent pas plus d'argent en intégrant le secteur formel avec le prélèvement des taxes. Mais la régularité de leurs revenus leur a permis d'épargner et d'emprunter auprès des banques pour accéder à la propriété». Le cercle vertueux de l'investissement d'impact se décline peu à peu dans tous secteurs d'activité.

Un «Lab» doté d'un réseau d'experts

I&P Conseil s'est doté d'une équipe sur mesure. La nouvelle entité est dirigée par Cécile Carlier qui dispose d'une expérience de 20 ans au sein de l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI),  avant de développer sa propre structure de conseil. En s'appuyant sur des outils financiers adaptés aux réalités africaines, elle tient à «développer un entrepreneuriat responsable et innovant en s'adressant aux collectifs d'entrepreneurs, aux institutions, aux agences internationales (...) Nous cherchons à créer un écosystème favorable à l'investissement».

Engagée auprès du fonds depuis 2011 sur les aspects conseils et formation, elle sera accompagnée par des collaborateurs d'I&P : Pierre Carpentier, expert associé en investissement ; Elodie Nocquet, expert associée en Gestion d'impact ; et Jean-Michel Severino, ancien vice-président de la Banque mondiale pour l'Asie de l'Est et ex-directeur de l'AFD, devenu directeur d'I&P depuis 2011 en succédant à Patrice Hoppenot.

Parallèlement, des conseillers du fonds de private equity interviendront en qualité de senior adviser à l'instar d'Olivier Fourcade, membre du conseil d'administration et du comité d'investissement ; Patrice Gomis, conseiller et partenaire d'I&P Sénégal ; et enfin de Michel Jacquier, conseiller stratégique d'I&P.

Gestion des déchets & inclusivité

Centré sur les secteurs à fort impact tels que la santé, l'agroalimentaire, l'éducation ou les services industriels, I&P confirme son orientation «responsable». L'environnement de l'entrepreneuriat en Afrique révèle un effritement des frontières entre les secteurs public et privé. Partant de ce constat, I&P tient avant tout à s'adresser «aux entreprises privées, plutôt qu'aux agences gouvernementales, parfois menacées par des systèmes de corruption», explique J-M. Severino. En s'appuyant sur les PME locales, I&P «participe au développement des classes moyennes et à la diffusion des best-practices qui amélioreront la gouvernance», déclare t-il.

Parallèlement, il insiste sur la nécessité de structurer une demande préexistante en accompagnant la dynamique africaine selon ses spécificités : «En Afrique subsaharienne, on ne peut pas seulement regarder son compte d'exploitation (...) Entreprendre dans un océan de misère est très différent d'entreprendre dans un pays de l'OCDE».

Afin de pallier aux insuffisances des pouvoirs publics locaux, I&P supporte d'ores et déjà des initiatives en matière de traitement des déchets, notamment au Nigéria. «Tout est parti d'une demande des PME locales à laquelle une jeune femme nigériane a répondu», explique Cécile Carlier. C'est également le cas de l'entreprise togolaise Africa Global Recycling qui a élaboré un système de tri des déchets industriels -revendus à l'international- et qui a permis la création d'une quinzaine d'emplois. «En France, le tri sélectif est entré dans les mœurs et personne ne se soucie plus du ramassage des déchets, les camions-ben ramassant les ordures aux bas de nos immeubles ou devant nos portes. Cela relève des services publics, contrairement à nombre de pays africains», explique J-M. Severino qui voit ici une opportunité pour les entrepreneurs locaux de s'emparer d'une demande non pourvue.

Une formation assurée par  I&P et la FERDI

Enfin, I&P Conseil conçoit et organise des sessions de formation en management de l'impact avec la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI), mais aussi des modules consacrés à l'entrepreneuriat et à la création d'entreprises, avec le concours de cabinets de conseil africains.

Des conférences seront organisées pour promouvoir les PME africaines. Elles devraient servir de support à l'animation de fora sectoriels ou de thématiques transversales. «Les formations à l'investissement d'impact sont, à ce jour, essentiellement anglophones», précise Elodie Nocquet d'I&P, soulignant ainsi la valeur ajoutée du service proposé.

Au mois d'octobre, une formation organisée par l'IHEDD et I&P se tiendra à Paris pendant deux jours et demi, ciblant des cadres dirigeants de tous secteurs d'activité relevant de cet écosystème responsable. A l'issue de ce séminaire, les auditeurs recevront une certification de «Hautes études en développement durable», mention « Investissement d'impact : une nouvelle génération de financements au service des enjeux de société».

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