Africa Convergence 2017 : pour que l'Afrique tourne le dos à ses vieux démons

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(Crédits : LTA/KT)
La problématique migratoire qui domine l’actualité internationale, particulièrement en Europe, et dont l’Afrique est devenue un des enjeux centraux, a cristallisé l’ouverture des échanges à l’entame de la seconde édition de la conférence internationale Africa Convergence qui s’est tenue ce vendredi 29 septembre 2017 à Casablanca au Maroc. Alors que dans les pays occidentaux, l’arrivée des centaines de milliers de migrants pour la plupart des réfugiés inquiète l’opinion avec des risques de repli identitaire qui émerge dans certains pays, en Afrique les avis sont presque unanimes sur le fait qu’elle ne constitue en rien une préoccupation avec laquelle pourtant on tente de corréler la dynamique de croissance du continent. Du milliardaire et philanthrope soudano-britannique Mo Ibrahim à l’homme politique malien Moussa Mara en passant par l’homme d’affaires sénégalais Kabirou Mbodje, les avis convergent sur un fait : la crise migratoire est avant tout un problème européen importé en Afrique. Au point de l’ériger en défi stratégique pour le développement du continent au détriment des vrais enjeux de l’heure qui se rapportent surtout à la gouvernance.

On a tant parlé d'Afrique ces derniers temps, de son potentiel et de ses défis stratégiques au premier desquels se hisse désormais la problématique migratoire. C'est ce qui explique que pour l'essentiel, les stratégies de développement des principaux partenaires internationaux du continent ainsi que les discours sur les perspectives africaines inscrivent cette crise qui inquiète surtout l'opinion africaine comme une des priorités à prendre en charge pour les gouvernements africains. Ce qui pousse ces derniers à adopter progressivement des politiques publiques sensées apporter des réponses à cette situation mais qui tiennent en un objectif : freiner l'arrivée massive des migrants et autres réfugiés sur les sols européens.

Si les gouvernements des pays africains se laissent insidieusement berner par cette nouvelle stratégie occidentale, adossée il est vrai à des contreparties financières, c'est loin d'être le cas pour les véritables acteurs du développement du continent. Il est vrai qu'elles sont rares les occasions où il est demandé leur avis aux décideurs politiques, acteurs économiques ou spécialistes des questions de développement sur le continent qui ont pourtant beaucoup de choses à dire sur la question et plus, une autre vision à proposer.

Ce n'est en tout cas pas les avis sur le sujet qui manquent et la seconde édition de la conférence internationale Africa Convergence qui s'est tenue ce vendredi 29 septembre 2017 à Casablanca au Maroc organisée par La Tribune Afrique, a permis de mettre en lumière une autre perception de cette problématique venue "d'ailleurs". C'est du reste, l'une des premières particularités de l'événement qui se veut avant tout comme « un rendez-vous du donner et du recevoir » et ensuite comme une plate-forme d'échanges sur les vraies problématiques d'un continent en marche. L'objectif, selon Abdelmalek Alaoui, CEO de Guépard et éditorialiste à La Tribune Afrique, de « proposer au public un angle de vision différent qui donnerait à voir une autre perspective que celle traditionnellement présentée, souvent partagée en afro-optimistes et afro-pessimistes ».

Le défi migratoire, illustration d'un continent qui peine à se donner les moyens de ses ambitions

L'un des panels ayant le plus suscité de vifs débats et de divers points de vue a porté sur le déficit d'intégration régionale et aux frontières. Il est vrai que le panel avait de quoi susciter l'intérêt et si Melissa Fleming, porte-parole du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) a présenté une vision d'ensemble de la problématique avec ses défis et ses enjeux pour le développement du continent et surtout le devenir de l'humanité, la suite des débats a fait jaillir une autre approche africaine de la question.

C'est presque vers un consensus que convergent l'avis des panélistes sur cette crise migratoire et dont l'approche actuellement mise en branle sur le continent comme tentative de solution sous la pression des bailleurs de fonds jamais en manque d'idées. « L'Afrique n'a pas de problèmes avec les réfugiés qui est plutôt celui de l'Europe » comme l'a si bien résumé le Dr Mo Ibrahim, CEO de la fondation éponyme et pour qui l'Europe ne devrait pas se plaindre autant et surtout pas plus que le continent.

« C'est une faillite morale de l'Europe face à cette question. Il est malhonnête de confondre réfugiés et immigrés. 500 Millions d'européens riches crient recevoir un million de réfugiés alors que l'Afrique en reçoit plus de 20 millions mais sans jamais se plaindre ». Mo Ibrahim

C'est le même son de cloche qu'a livré l'ancien premier ministre malien Moussa Mara qui a aussi fait relever que « l'essentiel des réfugiés se trouvent en Afrique ».

« La question des réfugiés relève de la solidarité internationale. Les migrations s'inscrivent dans des tendances structurelles en raison notamment du fait qu'elles sont pour la plupart du temps les conséquences des conflits qui sont eux-mêmes engendrés par des facteurs structurels. Personne ne migre volontairement ». Moussa Mara

Il est donc nécessaire de s'atteler dès à présent à apporter des réponses structurelles et appropriées surtout que, selon Moussa Mara, la tendance n'est pas prête de s'inverser. Un avis qui vaut tout son pesant d'or pour lui, qui a vécu de l'intérieur et surtout été amené à gérer en tant que chef de gouvernement du Mali, un pays où la question se pose avec acuité.

Autre avis cette fois d'un décideur économique de cette génération qui porte l'avenir du continent et qui n'en dit pas autre chose, c'est celui de Kabirou Mbojie, CEO de Wari.

« Il y a beaucoup plus de migrants en Afrique qu'ailleurs au monde C'est comme une loi naturelle qui fait que chacun va là où l'herbe est plus verte. Le plus grand enjeu est de faire qu'elle le soit chez nous et c'est l'un des défis du continent ». Kabirou Mbojie

La mauvaise gouvernance, la mère de tous les maux

Comme on le voit, et dans la droite ligne des objectifs de Africa Convergence, l'écart est béant entre l'approche imposée encore aux pouvoirs publics et la réelle perception et autres attentes des populations et des acteurs économiques africains. Le panel d'ouverture a mis en évidence cet état de fait sans lequel pourtant le continent aura du mal à trouver sa propre voie sur le chemin du développement. Il en a été ainsi sur les autres thématiques de l'événement, lesquels ont portés sur d'autres sujets tout aussi stratégique et prioritaires pour cette Afrique en marche. Les différents échanges qui ont structuré les débats ont conforté cette réalité des choses qui sonne comme un aveu d'un continent qui peine encore à se donner les moyens de ses ambitions par la faute de ses dirigeants.

S'il y a une autre conclusion qui a fait presque l'unanimité, c'est que la vraie problématique de l'heure tient à la mauvaise gouvernance, laquelle prend certes diverses formes qui se rejoignent sur une seule conséquence, celle de plomber la dynamique de développement. Le potentiel, l'Afrique en dispose et ce n'est plus à démontrer. Les perspectives sont aussi tout aussi prometteuses. Autant dire qu'il n y a que la courroie de transmission qui fait défaut pour joindre "l'utile à l'agréable". Le chaînon manquant aussi ne fait aucun doute : la mauvaise gouvernance comme l'ont ressassé les participants à la conférence, chacun en fonction de ses expériences vécues.

Pourtant, il a les moyens de dépasser ses lacunes. S'il ne saurait y avoir de véritable dynamique de développement sans véritable leadership, Mo Ibrahim fait remarquer que l'Afrique en dispose surtout dans la nouvelle génération sur qui repose l'avenir. Les exemples illustratifs sont légions et fort heureusement, apportent un vent d'optimisme sur une Afrique où plutôt des Afriques qui disposent du tremplin nécessaire pour apporter ce que le DG Wari qualifie de « souffle nouveau ».

« L'Afrique n'a pas besoin d'argent mais plutôt d'organisation car nous avons beaucoup d'argent » fait remarquer Kabirou Mbojie. C'est aussi, et vous l'aurez constaté, une autre illustration du fait que les décision actuelles prises par les gouvernants africains sont loin de prendre en compte les vrais défis du continent. Ces derniers temps en effet, il est loisible de constater que l'une des plaidoyers dans laquelle les chefs d'Etat africains se sont rendus maîtres, c'est la quête d'IDE, d'aides publiques au développement et autres prêts auprès des bailleurs internationaux alors que le continent en recèle d'opportunité qui peuvent satisfaire ses propres besoins. A condition d'une bonne gouvernance et d'une organisation adapté aux réalités du terrain mais aussi du moment. Le déficit du continent en matière d'intégration en est une des preuves concrètes comme l'a mis en évidence, directeur adjoint d'Afreximbank. L'enjeu est en effet de taille pour le développement du continent où le commercer intra-africain ne représente aujourd'hui que 15% du PIB continental contre 60% en moyenne dans les autres régions du monde.

« Il faut renforcer le commerce intra-africain pour être compétitif et surtout résister aux chocs mondiaux » plaide Amr Kamel. Il s'agit d'une question de volonté politique et donc de gouvernance. Avec un continent dans lequel il est plus facile de circuler avec un passeport européen qu'avec un titre de voyage africain comme l'a raconté, se basant sur sa propre expérience, Mo Ibrahim qui avoue, preuve de sincérité, « qu'il voyage plus avec son passeport britannique que son passeport soudanais sur le continent par ce que c'est plus facile ».

Déficit d'organisation et de communication

Comment faire alors pour surmonter ces obstacles ? ce ne sont pas en tout cas les alternatives qui manquent. Dans le cas susmentionné, il s'agit largement d'un déficit de communication. « Les acteurs économiques n'ont pas assez d'informations pour prendre des décisions effectives et appropriées » estime par exemple Amr Kamel, Afreximbank.

Le philanthrope Mo Ibrahim n'a pas manqué de mettre en exergue cette asymétrie de l'information qui constitue un autre revers de cette Afrique en marche qu'on "chante" tant ! Sans remettre en cause la dynamique de croissance, le CEO de la Fondation Mo Ibrahim estime qu'il est temps que « chacun fabrique son histoire et la raconte ».

L'Afrique a en tout cas des raisons objectives de construire son destin au delà du simple fait d'y croire. La culture africaine est en effet orale n'a pas manqué de rappeler Kabirou Mbodje et de ce fait, « le continent devient l'avenir de l'économie digitale de demain parce que sa culture est justement virtuelle ».

A l'ouverture comme à la clôture, c'est une autre Afrique qui a été mis en évidence lors de cette seconde édition d'Africa Convergence qui a tenu tout son pari tant en termes de la qualité des panélistes mais aussi la pertinence des débats. Loin des clichés et des stéréotypes, dans un monde de plus en plus complexe où les nouvelles frontières de l'humain sont à définir, le rendez-vous de Casa a permis de démontrer que l'Afrique a de quoi trouver sa voie. A condition de s'en donner ses propres moyens au delà des « stratégies prêts à mettre en œuvre importées d'ailleurs ». C'est là, l'une des principales leçons de la Conférence internationale Africa Convergence 2017. Rendez-vous en 2018.

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Commentaires
a écrit le 01/10/2017 à 10:22 :
convergence pour quoi faire? les USA d Afrique ? rien que la diversité et les disparités géo-politiques sont si profondes qu'elles condannent ces rèves de magnats milliardaires
qui ainsi verraient leurs empires corompus s'éteindre sans contraintes.
une seule convergence possibles :la gouvernance , cela suppose de balayer les vieux despotes de mugabe à déby en passant par Denis, Popol, et le(s) théodore(s)...
ensuite eduquons éduquons éduquons nos jeunes avenir de la croissance future.
laissons la cour internationaleles de justice condanner, après tout c'est en afrique qu'il y a le plus de dictateurs présidents...
bien cachés dernière la corée du nord

dernière info pour ces 'intervenants' : les jeunes qui migrent en Europe , en majorité (80%selon Le HCR) migrent
pour échapper au foyer , aux coups des ainés, à la bétise des parents,
non ils ne migrent pas pour fuir la guerre ou la misère, ils migrent pour échapper aux mauvais traitement de leur famille
alors gouvernance vous dites , commençons par élever le niveau d'instruction de ces idiots de parents.
a écrit le 30/09/2017 à 19:19 :
bonjour, à qui sert la fuite des forces vives, et des intelligences créatives Africaines? Les Africains s'exilent pour survivre, parce qu'il y a encore des mimes-assimilables, qui usent des armes, et du totalitarisme pour créer et reproduire les conditions inexorables d'une néo-esclavagisme prémédité et en voie d'orchestration européenne à travers des "hots-spots"! Esclavagistes élus grace aux lobbys militaro-financiers qui imposeront un trie des "ressources humanes aptes" dociles, corvéables aux besoins vitaux des riches, pour faire ce que les européens rechignent par éthique à faire pour un salaire misèrable. qui fera et peut faire ce que les robots ne feront jamais dans les maisons de retraites et centre gériatrique ou zone polluée des colonisateurs!!
Rempliront ils les crêches au gré du planning familliale des politiciens lobbytomisés? ils sont formés et formatés dans les "grandes" écoles d'administrations des esclaves en liberté conditionnelle!
Ils ne veulent plus enfanter, trop contragnant pour une longue carrière d'exécutants, d'ou la GPA, PMA, clonages encore décrié!!!
Ne nous laissons pas distraire, dégageons les dictatures et leurs miliciens complexés!, Réunifions nous pour changer la donne et les paradigmes de coopérations salutaires pour nos populations d'Afrique déjà largement déportée, depuis l'invention des armes à feux et des pseudos républiques d'hypnotiseurs et racketteurs en bande organisée!

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