Investissements : «High5», la liste des priorités de la BAD

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Arun Jaitley (d),ministre indien des Finances et Akinwumi Adesina (g), président de la BAD, le 3 avril 2017 à Ahmedabad en Inde.
Arun Jaitley (d),ministre indien des Finances et Akinwumi Adesina (g), président de la BAD, le 3 avril 2017 à Ahmedabad en Inde. (Crédits : BAD)
La Banque africaine de développement tiendra du 22 au 26 mai sa grand-messe dans le moins africain parmi ses actionnaires : l’Inde. Une occasion pour l’antenne marocaine de faire le point sur les réalisations locales de la Banque en 2016, mais aussi de revenir sur la feuille de route prônée par son top management. Un programme valorisé à 11,3 milliards de dollars et qui fait la part belle à plusieurs secteurs tels ceux de l'énergie et l’agriculture.

A quelques jours de la tenue des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), l'antenne marocaine de l'institution a décidé de faire le point sur ses activités dans le Royaume. La direction de la BAD a opté pour l'Inde comme hôte de cette assemblée, dont le moment le plus attendu est la réunion annuelle du Conseil des gouverneurs. «Le choix d'Ahmedabad en Inde pour assemblées générales d'une institution panafricaine peut sembler étonnant. Mais il ne faut pas oublier que New Delhi fait partie des actionnaires de la BAD et partage un certain nombre d'objectifs de développement avec l'Afrique, notamment au niveau agricole. Sans oublier que la population de l'Inde est presque aussi importante que celle de notre continent», précise Yacine Fal, directrice générale adjointe de la BAD pour la région Afrique du Nord.

«High5», la feuille de route d'Adesina

Cette grand-messe de l'institution panafricaine s'articulera autour de la transformation de l'agriculture en vecteur de richesse pour le continent. Une vision qui rejoint celle des objectifs de développement durable des Nations Unies et de l'Agenda 2063 de l'Union africaine qui visent la réduction de la pauvreté, l'élimination de la faim et de l'insécurité alimentaire. Des ambitions inscrites dans les 5 grandes priorités définies par le top management de la BAD. Une liste de priorités qui s'articulent l'agriculture, un secteur stratégique pour la transformation économique du continent, puisque l'Afrique dépense chaque année près de 35 milliards de dollars en importations de denrées. Un chiffre qui pourrait atteindre les 110 milliards de dollars en 2025.

Ce déséquilibre inquiète les experts de la BAD qui espèrent un redressement de la balance avec l'encouragement du secteur privé à investir massivement dans le secteur agricole. Pour y arriver, l'institution panafricaine met en avant l'immensité des terres arables non exploitées dont dispose le continent (65% du potentiel mondial).

A ces mesures incitatives s'ajoute le programme High5, lancé par Akinwumi Adesina au lendemain de sa nomination à la tête de la Banque en 2015. Parmi ses priorités, le secteur énergétique qui sera appuyé par une enveloppe de 2,9 milliards de dollars pour la production de quelque 4 600 MW et le raccordement de 23,6 millions d'Africains.au réseau électrique

Le programme d'Adesina compte également débloquer 2,1 milliards de dollars pour la modernisation du secteur agricole. Un budget qui devrait accroître les revenus agricoles, tout en faisant reculer la pauvreté dans les zones rurales. L'industrialisation, autre chantier majeur du «High5», devrait profiter d'une enveloppe de 1,7 milliard de dollars. Un budget destiné au secteur privé et qui devrait prendre la forme d'instruments d'atténuation des risques, de produits de garantie ou encore de mécanismes de financements mixtes, dont l'objet premier sera d'attirer d'autres fonds de manière à combler le déficit de financement.

Le «High5» prévoit aussi l'intégration régionale et continentale parmi ses priorités. Un chantier qui récoltera 2,7 milliards de dollars pour sa mise en œuvre. Une manière pour la BAD, de tracer la voie aux gouvernements et bailleurs de fonds pour pallier le manque d'intégration qui coûterait au continent entre 1% et 1,5% de son PIB chaque année. L'amélioration de la qualité de vie des Africains représente la dernière priorité du «High5» promu par le président de la BAD. Un chantier qui recevra 1,9 milliard de dollars pour la création de 17,5 millions d'emplois et renforcer les compétences économiques et professionnelles de 50 millions de jeunes à l'horizon 2050.

Pour 2016 et conformément à cette feuille de route, la BAD revendique déjà le raccordement à l'électricité de 3,3 millions d'habitants et l'amélioration de l'accès à l'eau et à l'assainissement au profit de 3,7 millions de personnes. Au niveau agricole, la banque panafricaine aurait permis l'amélioration des conditions de travail de 5,7 millions d'agriculteurs et facilité l'accès aux soins à 9,3 millions d'Africains. S'y ajoute l'amélioration de l'accès aux services de transport pour 7 millions d'usagers durant l'exercice précédent.

L'axe Rabat-BAD au diapason

La BAD s'enorgueillit également de sa relation de travail avec le Maroc. «Nous sommes très satisfaits de la convergence entre les stratégies et objectifs de la BAD et du Maroc. Notre institution est associée à la majeure partie des grands programmes structurants du Royaume, comme la station Noor et le Plan Maroc Vert», rappelle Fal.

En effet, l'institution panafricaine revendique une contribution de 340 millions d'euros au Plan Maroc Vert qui a permis d'engranger plus de 120 millions de dollars d'investissements privés dans les contrats-programmes filières en 2016.

La banque panafricaine a également porté main-forte aux ambitions continentales de Rabat. Un soutien qui s'est traduit par la réalisation d'importantes études sur les barrières tarifaires entre le Maroc et le reste du continent. Maroc Export, bras armé des exportations marocaines, a également bénéficié d'une assistance technique de la part de la BAD. S'y ajoute la mise en place d'une ligne de crédit dédiée à l'accompagnement des opérateurs marocains dans leur développement sur le marché africain.

«En termes de remboursement de crédits, notre politique tarifaire s'inscrit sur le très long terme. Nous avons opté pour un délai de grâce de 10 ans avec une marge minime », confie Yacine Fal.

Pur les cinq exercices à venir, la Banque a préparé en mars dernier une nouvelle stratégie d'intervention au Maroc. Une feuille de route locale qui comptera sur un budget de 1,3 milliard d'euros pour financer les opérations prévues entre 2017 et 2019. Les montants seront alloués au développement durable du tissu industriel, la création d'emplois, notamment chez les jeunes et les femmes, ou encore l'amélioration de la qualité de l'emploi et sa pérennité dans les zones rurales.

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