RDC : A Lubumbashi, Tshisekedi défie le pouvoir de Joseph Kabila

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(Crédits : Reuters)
Signe de l’inquiétude grandissante au sein de sa garde rapprochée, les militants et sympathisants de Félix Tshisekedi ont interdiction formelle d’échanger les informations sensibles sur la venue de leur leader via les plateformes numériques, probablement sur écoute. Sous très haute tension, le leader de l’opposition du Rassemblement se rend en début d’après-midi à Lubumbashi dans le Katanga. Une visite de sensibilisation pour ses proches, une défiance de l’autorité pour le pouvoir en place.

« Il arrive sous haute tension », confesse Michée Mulumba joint au téléphone par La Tribune Afrique. L'assistant personnel de Félix Tshisekedi ne grossit pas le trait. La veille de la visite de 72 heures, prévue ce lundi 23 octobre dans l'après-midi, du leader de l'opposition du Rassemblement dans la deuxième plus grande ville du pays, a été mouvementée.

Lubumbashi accueille Tshisekedi dans un huis-clos comminatoire

Ce week-end, la police katangaise a annoncé l'arrestation de 28 activistes de l'UDPS, accusés d' « insulte au chef de l'Etat » et d'avoir criblé de pierre la jeep du général Paulin Kyungu, commandant de la police de la province du Haut-Katanga. Une version contestée par l'UDPS qui dénonce une manœuvre dilatoire du pouvoir pour saboter la venue de Félix Tshisekedi. Dany Kabongo, le président de la jeunesse de l'UDPS a signalé que 48 jeunes de l'UDPS ont été arrêtés après un véritable saccage du siège régional du parti à Lubumbashi, du matériel a même été emporté.

#RDC le siège de l'#UDPS saccagé à #Lubumbashi et 80 militants arrêtés à la veille de l'arrivée de Félix #Tshisekedi au #Katanga pic.twitter.com/GBlrsc6G5h

— Christophe RIGAUD (@afrikarabia) 22 octobre 2017

Entre temps, l'ambiance dans lequel Félix Tshisekedi devrait être accueilli à l'atterrissage de son avion à 14 heures (GMT+2) risque d'être électrique. Plusieurs militants portant des tee-shirt, des banderoles ou pancartes en soutien à l'opposant, ont été empêchés d'accéder à la route menant à l'aéroport de Loano quand ils n'ont pas été arrêtés, selon des informations parvenues à La Tribune Afrique. Des sources parlent même de plus de 100 personnes arrêtées.

Le cortège devrait ensuite sillonner les rues de la ville à Katuba dans le sud-ouest de Lubumbashi. Un meeting est même prévu à Matshipisha, quartier bastion de l'opposition, durant lequel Félix Tshisekedi devrait s'adresser à ses affidés. Encore faut-il que les plus téméraires bravent l'impressionnant dispositif sécuritaire déployé autour de l'aéroport et dans le centre-ville de Lubumbashi.

Dans la foulée de ce huis-clos comminatoire, Jean Oscar Sanguza Mutunda, le maire de Lubumbashi a sorti un communiqué écrit entièrement en lettres majuscules. Il « rappelle au public pour la énième fois qu'aucune manifestation à caractère public ne peut être organisée sans l'autorisation écrite de l'autorité urbaine introduite avec accusé de réception sept jours avant ».

« La Constitution remplace désormais le régime d'autorisation par celui d'information. Pour toute manifestation, il faut juste informer l'autorité qui se doit ensuite d'accompagner la manifestation », réplique Michée Mulumba.

La défiance du pouvoir, l'ultime carte de Félix Tshisekedi

« Nos deux tentatives de concertation avec la police et la mairie pour voir les modalités pour encadrer la manifestation, se sont soldées par des échecs. C'est d'autant dommage que la RDC vient de faire une entrée fracassante au Conseil des droits de l'Homme à l'ONU », complète l'assistant personnel de Félix Tshisekedi.

Une chose est sure, tout est fait du côté de Kinshasa pour faire capoter la visite de Félix Tshisekedi. Au sein du camp de l'opposant, on indique que cette visite de trois jours est avant tout, « une visite de sensibilisation de la population de Lubumbashi aux enjeux à venir ». Mais en sous-main, un de ces enjeux pourrait sans doute être la visite prochaine à Kinshasa de Nikki Haley, l'ambassadrice américaine aux Nations-Unies, très critique envers le pouvoir de Joseph Kabila notamment sur la question des droits de l'Homme et en qui Félix Tshisekedi pourrait trouver une « alliée » extérieure de taille.

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Au-delà, avec cette visite, le leader de l'opposition pèse son poids politique dans cette région très stratégique électoralement. En prévision de quelles élections ? Celles qui n'auront peut-être lieu qu'en 2019, tant le pouvoir multiplie les manœuvres dilatoires pour reporter les élections générales aux calendes grecques. Une ultime combine qui a contribué à électriser la situation politique du pays. Au milieu de cette tempête dans le jeu politique, Félix Tshisekedi veut sans doute jouer son ultime carte: la défiance !

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