ONU : levée de boucliers contre l’élection de la RDC au Conseil des droits de l’homme

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Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, lors de la célébration de la fête de l'indépendance le 30 juin 2016.
Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, lors de la célébration de la fête de l'indépendance le 30 juin 2016. (Crédits : Reuters)
La RDC a été élue lundi dernier, par l’Assemblée générale, comme membre du Conseil des droits de l’homme qui siège à Genève. Une victoire assez éclatante avec 151 voix pour, sur 193, alors que les organisations nationales et internationales en charge de la promotion des droits humains ont mené une vigoureuse campagne contre cette élection d’un pays qui est loin de donner l’exemple en la matière, selon plusieurs rapports dont ceux de la mission de l’ONU en RDC.

C'est une véritable victoire diplomatique pour la diplomatie congolaise qui vient de remporter, contre toute attente, un siège au Conseil des droits de l'homme (CDH) des Nations Unies. Avec 151 voix pour, sur 193 pays votant, le succès a été même éclatant pour le gouvernement congolais qui n'a pas tardé à réagir. «C'est un échec pour ceux qui s'opposaient à notre candidature, car avec 151 voix, c'est au-delà de l'Afrique, le monde entier qui vient de nous apporter un soutien significatif», s'est réjoui Lambert Mende, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais qui a également promis que la RDC va apporter sa contribution et son expérience au CDH, en matière de droits humains .

La ministre congolaise des droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, qui a mené la campagne pour la candidature de son pays à Genève où le Conseil tient sa session ordinaire, soutient les propos de Mende.

«Nous avons le devoir d'être exemplaires. Nous nous engageons à respecter les droits de l'homme, à lutter contre l'impunité et à poursuivre la collaboration avec les différentes instances de l'ONU», s'est félicitée la ministre à l'issue du vote.

Lors de sa session électorale de ce lundi 16 octobre, l'Assemblée générale de l'ONU a élu, à bulletin secret, 15 membres du CDH qui y rejoindront leurs 32 pairs, pour un mandat de trois ans à compter du 1er janvier 2018. En plus de la RDC, trois pays africains ont eu leur ticket pour compléter les 13 sièges qui reviennent au continent africain au sein du CDH : le Sénégal avec 188 voix ; l'Angola avec 187 ; et le Nigéria avec 185 voix.

Les pays africains candidats ont donc passé haut la main leur entrée au sein CDH. Il faut dire que les critères sont relativement à porter de main, puisque les prétendants à un siège devaient juste obtenir la majorité absolue du vite, soit 97 voix. Toutefois, ils sont élus sur «la base de leur contribution à la promotion et à la protection des droits de l'homme», et c'est là où le bât blesse, car la RDC a fait l'objet d'une campagne vigoureuse de plusieurs organisations locales, africaines et internationales ainsi que de membres du Conseil de sécurité de l'ONU qui voit d'un mauvais œil l'élection du pays de Joseph Kabila à une institution comme le CDH.

Une élection qui ne passe pas !

L'élection de la RDC au sein du CDH a été une véritable douche froide pour les organisations locales et africaines qui se sont mobilisées dès le départ contre la candidature du pays, accusé de ne pas «respecter les droits de l'homme», comme l'a souligné le mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA). «Cette élection est une insulte pour les nombreuses victimes des abus commis par le gouvernement congolais à travers le pays », s'est insurgée dans un communiqué publié juste après l'élection, l'ONG Human Rights Watch (HRW).

La charge la plus virulente est venue des Etats-Unis qui ont dénoncé, à travers cette élection de la RDC, «une preuve de plus du manque de crédibilité du Conseil des droits de l'homme et de la nécessité de le réformer afin de le sauvegarder». Selon Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, «ce pays connu pour sa répression politique, sa violence faite aux femmes et aux enfants, ses arrestations et détentions arbitraires, ses homicides et disparitions illégales, a été élu pour travailler au sein de l'institution la plus importante pour les droits de l'Homme».

«Les droits de l'Homme sont trop importants pour laisser un système dépassé continuer à exister sans être contrôlé ni réformé (...) Quand des pays du groupe Afrique avancent la candidature d'un pays comme la République démocratique du Congo pour qu'il devienne membre du Conseil des droits de l'homme, cela n'affaiblit pas seulement cette institution, mais alimente également  le conflit qui provoque tant de souffrances sur ce Continent», a déclaré l'ambassadrice Nikki Halley.

La RDC droit dans ses bottes

Alors que la diplomate américaine est annoncée en visite dans le pays dans les prochaines semaines, cette position américaine ne fait pas l'affaire du régime de Kinshasa. Il faut dire que ce n'est pas le seul Etat à accuser le pays de Kabila de violations répétées des droits de l'homme et des libertés publiques.

Au sein de l'organe même, la Haute-commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l'homme, Kate Gilmore, qui présentait en début de session l'état de la situation dans le pays -particulièrement dans les régions de Kasaï, l'avait qualifié de «l'une des pires crises des droits humains dans le monde». Un constat que confirme le Représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC et chef de la MONUSCO, le Nigérien Maman Sambou Sidikou, qui s'est également dit «profondément choqué par la brutalité du conflit en cours et la nature des violations commises», devant le CDH et il y a quelques jours encre, devant le Conseil de sécurité où il présentait son rapport.

Des critiques qui ont laissé de marbre le gouvernement congolais qui a pu compter sur le soutien des pays africains et au-delà pour se faire élire au sein du CDH. Lundi, lors de la séance électorale, les débats ont été assez vifs et la ministre Marie Ange Mushobekwa a eu du mal à défendre la politique de son pays en la matière, mais en s'engageant à ce que son pays fasse désormais plus d'efforts pour promouvoir les droits de l'homme et mettre fin aux violations constatées.

«Au Conseil des droits de l'homme, il y a 47 places. Vous pouvez mener les enquêtes, vous allez voir que tous les pays qui y siègent ne sont pas nécessairement exemplaires en matière des droits de l'homme. D'ailleurs si le Conseil a été créé, c'est pour permettre la promotion et la protection des droits de l'homme dans les Etats, dans tous les pays du monde. Même si tout n'est pas parfait dans notre pays, nous n'allons pas non plus dire que notre pays est un enfer», a déclaré Marie Ange Mushobekwa.

Tous les pays siégeant au CDH ne sont pas exemplaires, s'est donc défendu la ministre congolaise, ce qui paradoxalement est bien vu. La RDC va en effet siéger au sein du Conseil au même titre que la Chine et l'Arabie Saoudite qui ont fait leur entrée l'année dernière, ainsi que de nouveaux arrivants comme l'Afghanistan ou le Pakistan. Des pays qui ne sont pas des modèles en matière de protection des droits de l'homme, selon les ONG internationales et dont l'élection au sein du CDH a aussi soulevé des critiques.

Le Conseil des droits de l'homme, qui siège à Genève, a été créé en 2006 pour remplacer la Commission des droits de l'homme et constitue à ce titre un organe subsidiaire de l'Assemblée générale des Nations Unies. Il est à ce titre chargé de veiller à la promotion et à la protection des droits de l'homme dans le monde.

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Commentaires
a écrit le 17/10/2017 à 18:40 :
si ce Conseil de l'ONU est chargé de veiller à la promotion et à la protection des droits de l'homme dans le monde, pourquoi vouloir refuser aux pays accusé des abus des ces droits d'y siéger. a mon avis, c'est une façon de les mettre devant leurs responsabilités en la matière.
on parle d'une victoire diplomatique parce que les médias et les ONG financées par les "dominants, ont fait la propagande de la campagne contre l'election de la RDC.

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