Afrique centrale : face à la crise, les chefs d’Etat jouent la carte de l'union

 |   |  1013  mots
(Crédits : Afrique Entreprise)
Les chefs d’Etat des pays membres de la CEMAC se réunissent en sommet extraordinaire ce vendredi à Yaoundé pour se pencher sur la situation économique difficile que traverse la sous-région. La réunion se tient dans un contexte marqué par une nouvelle révision à la baisse de la croissance attendue cette année qui ne devrait pas dépasser les 1%, selon la banque centrale commune aux 6 pays.

L'union, dit-on, fait la force. Pour le cas des pays membres de la Communauté économique et monétaire des Etats d'Afrique centrale (CEMAC), on pourrait ajouter que les difficultés économiques font resserrer les liens communautaires. C'est en tout ce qu'on pourrait conclure de l'objectif du sommet extraordinaire des chefs d'Etat des pays membres de l'organisation qui se tiendra ce vendredi 23 décembre à Yaoundé au Cameroun. A l'ordre du jour, la situation et les perspectives économiques de la sous-région selon la présidence gabonaise qui a déjà confirmée la présence à la rencontre du président Ali Bongo Ondimba. Face à la crise économique que traverse la sous-région, les chefs d'Etat vont donc décider d'agir ensemble afin d'envisager les mesures alternatives de sortie de crise. En début de mois, le président de la Commission de la CEMAC, Pierre Moussa, avait séjourné dans la capitale camerounaise où il a évoqué avec les autorités, la situation critique que traverse la sous-région ainsi que les perspectives peu reluisantes pour les prochains mois.

La croissance décroche, encore

La tenue de ce sommet extraordinaire intervient, en effet, dans un contexte économique de plus en plus difficile pour les pays de la CEMAC. La veille de la convocation du sommet, le Comité de politique monétaire de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC) a revu à la baisse ses estimations de croissance pour l'année en cours. Ce dernier a été ramené à 1% contre les 1,7 à 2% projeté il y a quelques mois. L'analyse de l'évolution de la situation sur le dernier trimestre de l'année a fait ressortir « une décélération de la croissance économique, plus prononcée qu'initialement prévu, en liaison avec les effets dépressifs de la morosité du secteur pétrolier sur la demande intérieure et sur le secteur non pétrolier » a indiqué la BEAC au sortir de la dernière session ordinaire annuelle de son comité de politique monétaire qui s'est réunie mardi dernier à Yaoundé.

« Sur la base des prévisions mises à jour, l'année 2016 serait caractérisée par un repli de la croissance économique autour de 1,0% ; une reprise des pressions inflationnistes, avec un taux d'inflation se situant au niveau de la norme communautaire de 3,0% »

La sous-région paie lourdement l'impact de la baisse des cours du pétrole alors que les stratégies de diversification entamées sous recommandation du FMI peinent à donner des résultats concrets. A titre de comparaison, l'autre zone franc, l'UEMOA, s'attend à un bon cru puisque les dernières prévisions publiées en début du mois projettent une croissance régionale de 6% pour cette année. Il est vrai qu'à la décharge de la CEMAC, 5 de ces 6 Etats membres (à l'exception de la République Centrafrique) sont des producteurs de l'or noir avec une très grosse dépendance pour certains. Ce qui n'est pas le cas pour les pays de l'UEMOA, expliquant pourquoi leurs économies sont plus diversifiées et donc relativement plus résilientes face aux chocs externes.

Mesures urgentes et stratégies de diversification

Les chefs d'Etat pourront-ils accorder leurs violons pour adopter les mesures qui conviennent à la situation ? Difficile de le dire en attendant la fin du sommet. Là aussi, il faudrait attendre les prochains mois pour se donner une idée de l'efficacité de la réponse communautaire à cette crise qui risque de perdurer en 2017. La situation politique et socio-économique diffèrent d'un pays à l'autre avec chacun ses priorités. Mais gouvernements comme experts s'accordent à reconnaître qu'il y a urgence à agir pour contenir la situation. D'autant plus que certains analystes n'écartent pas le risque d'une dévaluation du Fcfa comme mesure de dernier recours au cas où la situation ne s'améliore pas l'année prochaine. On est encore loin et le processus est assez compliqué et surtout prendra du temps, mais le fait qu'il s'invite au débat au niveau sous-régional, illustre bien la difficulté ainsi que les inquiétudes ambiantes notamment auprès des opérateurs économiques. Pour l'heure, les pistes de solution pour les Etats de la région ne manquent pas. A long terme, il s'agira pour ces derniers de diversifier leurs économies afin de réduire leur dépendance au tout pétrole. En attendant, le marasme économique que traverse la sous-région nécessite « un ajustement vigoureux et structuré ». C'est ce qui sera au cœur du sommet de Yaoundé et pour planter le décor, le communiqué de la présidence camerounaise, hôte du sommet, a annoncé les grandes lignes de la rencontre qui a déjà débuté ce jeudi avec la réunion des experts et par la suite celle des ministres de l'Economie et des finances des pays de la région. « Pour une meilleure structuration des efforts d'ajustement, il est indispensable qu'une attention particulière soit accordée à la qualité des dépenses publiques et à l'efficience des mesures fiscales prises. Car, il est connu que des politiques de bonne qualité limitent à la fois le coût et la durée de l'ajustement, tout en contribuant à la relance rapide et durable de l'économie. Il est donc urgent de stabiliser les économies de la CEMAC, tout en réunissant au mieux les conditions de leur relance rapide » a estimé un communiqué de la Présidence camerounaise rapporté par le site « investir au Cameroun ». D'après la même source, « ces actions devraient faciliter l'émergence d'un secteur privé à même de relever les défis du développement auxquels les pays sont confrontés. En outre, une surveillance accrue doit être maintenue sur l'endettement des pays à travers l'adoption de stratégies garantissant la viabilité de la dette ». Tout un programme afin de permettre à la CEMAC de parvenir à contenir « les dérapages qui pourraient aggraver la situation et plonger les pays dans une nouvelle crise de la dette », ce qui constituerait une autre paire de manche pour la réponse aux défis socio-économiques des populations de la sous-région.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/12/2016 à 17:37 :
Il n'y a pas que le pétrole. La corruption, la fraude, le blanchiment d'argent les détournements sont pour beaucoup dans cette histoire. Que ces six mousquetaires remettent l'argent dans les caisses. Depuis on ne nous parle plus de l'argent laissé par feu président ahidjo en suisse; il a été dilapidé
a écrit le 23/12/2016 à 9:33 :
Résumons: le diagnostic est bon (même si cela est dit avec du jargon économico-diplomatique), l Afrique de l'ouest sans rente pétrolière s'en sort mieux car elle a longtemps misé sur sa diversification. L'Afrique centrale +Nigeria ont vécu paresseusement du pactole pétrole cher, gonflant leurs administration et en étouffant le secteur privé seul créateur de richesse. Aujourd'hui il faut se diversifier et libérer les énergies créatrices de richesses. Mon constat est que malheureusement on ne sort pas aussi facilement des mauvaises habitudes prises depuis deux générations, mettre au travail des assistés et une administration inefficiente, pléthorique nécessitera plus qu'un accord gouvernemental.... les autocrates et dictateurs de l'Afrique centrale doivent opérer un virage à 180°, mais ils sont vieux et à bout de souffre, n'ont rien compris aux générations y,z et internet. Et la veille recette qui consiste à quémander l'argent aux blancs(par ailleurs ruinés) ne marchent plus.... des nuages sombres s'accumulent sur nos têtes
Réponse de le 23/12/2016 à 15:00 :
Il faut quand même nuancer pour le cas de la CEMAC, la situation du Cameroun n'est pas identique vue que c'est la seule économie relativement diversifiée.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :