Internet : au Sénégal, le lancement de l'IXP ouvre la voie à la souveraineté numérique

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(Crédits : DR)
Le Sénégal a inauguré hier, mardi 29 août, son point d’échange Internet (IXP), accédant ainsi à la souveraineté numérique. Une réponse à l’appel lancé à la grande messe africaine du peering et de l’interconnexion qui s’est récemment tenue à Abidjan.

C'était un moment historique pour le secteur des télécommunications sénégalais hier, mardi 29 août à Dakar. Le Sénégal a accédé à la souveraineté numérique avec son point d'échange Internet (IXP) inauguré par le directeur des Télécommunications au ministère des Postes et télécommunications, en présence du représentant de l'Union africaine, Moctar Yadalli, du représentant de l'organisation Internet Society, Mouhamed Tidiance SECK, ainsi que du représentant du Network Startup Resource Center (NSRC) Phil Regnauld, indique le communiqué officiel parvenu à la rédaction de La Tribune Afrique.

Placé sous la gestion de SENIX (Sénégal Internet Exchange), l'organe de gouvernance chargé de réguler les échanges directs du trafic Internet entre les fournisseurs d'accès et de services Internet au Sénégal, ce nouveau centre de routage du trafic national devrait améliorer la qualité de la connexion Internet au Sénégal à travers l'optimisation de la bande passante. En pratique en effet, c'est 100 Mo de bande passante économisés en réduisant l'utilisation du trafic international.

Le nouveau dispositif permettra également la réduction du coût d'accès à Internet pour les consommateurs et favorisera l'émergence de l'économie numérique. «Le Sénégal comptait 8,6 millions de lignes Internet en mars 2017, soit une augmentation de 139% depuis 201. Il devenait crucial de mettre en place une solution pour accroître la qualité de la connexion Internet», a déclaré Cheikh Bakhoum, président du conseil d'administration du SENIX et directeur général de l'ADIE. L'homme se réjouit d'ailleurs de ce que les échanges entre internautes sénégalais ne transiteront plus via des routeurs étrangers :

«Nous ne serons plus à la merci du trafic international, car nous avons désormais notre ''Internet local'' ; ce qui constitue un gage de souveraineté numérique pour impulser un développement maîtrisé du secteur et ouvre de nouvelles perspectives de croissance et de développement».

Indépendance

Le projet du point d'échange Internet entre dans le cadre de la stratégie nationale «Sénégal Numérique 2025» qui vise à développer l'économie numérique dans ce pays d'Afrique de l'Ouest qui a énormément souffert ces dernières années de problèmes de connectivité. Le gouvernement sénégalais répond ainsi à une revendication des organisations sénégalaises de la société civile spécialisées dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC), vieille d'une dizaine d'années. L'Agence de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) avait introduit la création d'un IXP dans son plan d'activités annuel de 2007, sans que celui-ci ne voie finalement le jour.

«Le lancement de notre point d'échange Internet nous permet de franchir une nouvelle étape capitale dans la mise en œuvre [du Sénégal Numérique 2025]. [..] Cela permettra de transformer davantage le potentiel de l'économie numérique en réelle opportunité», a estimé pour sa part Modou Mamoune Ngom.

Dès les minutes qui ont suivi la cérémonie, six opérateurs de réseau ont commencé à échanger du trafic Internet via l'IPX. Il s'agit d'Orange, Expresso, l'Agence de l'informatique de l'Etat (ADIE), Arc Informatique, Senix et Tigo.

Une question africaine

La souveraineté est devenue ces dernières années une véritable quête pour les Etats africains. Le sujet était encore au cœur du Forum africain sur le peering et l'interconnexion (AfPIF) qui s'est tenu à Abidjan (Côte d'Ivoire) du 22 au 24 août dernier. «L'Afrique doit retenir davantage de trafic local sur le Continent afin de retirer davantage de valeur à Internet. Cela est possible en se basant sur des points d'échange Internet solides et sur un accès à travers des points d'interconnexion locaux et des centres de données locaux qui offrent une plate-forme à différents réseaux pour une interconnexion directe avec d'autres opérateurs et pour l'échange de trafic, garantissant ainsi des coûts de bande passante plus faibles, un accès plus rapide à davantage de fournisseurs de contenus et d'opérateurs et une baisse du temps de latence pour les marchés locaux», a déclaré lors de son intervention au cours de l'événement Funke Opeke, PDG du premier fournisseur de connectivité et de solutions de centre de données en Afrique de l'Ouest MainOne et récemment désigné une des 50 personnalités les plus influentes du secteur de la Data économie au sein de la région Europe Moyen-Orient et Afrique (EMEA) lors du DataCloud Europe 2017 à Monaco.

L'Afrique dispose actuellement d'une quarantaine d'IXP. La Namibie, le Burundi, le Swaziland, la Gambie, le Gabon et les Seychelles ont rejoint en 2015 le cercle des pays disposant de leur IXP grâce à un programme d'accompagnement de Internet Society. Après le Sénégal, à qui le tour ?

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